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Accueil | Journal : sélection d’articles | n° 91 - octobre 2004 ← Précédente | ↑ Haut ↑ | Suivante →

 

ÉDITO :
Le monde a-t-il (encore) besoin des féministes ?

Par Gisèle Halimi

Que le féminisme soit sans doute le phénomène historique le plus important du XXè siècle semble difficilement contestable. D’autant que son histoire, déroutante et contradictoire, se joue de la coupure des temps, du cloisonnement des étapes, de l’étude passé / présent.
La femme maîtresse de son corps, de son plaisir, et de la reproduction de l’espèce a changé la ligne symbolique du clivage entre les sexes. Ce pouvoir, enfanter le même et le différent, d’abord contrôlé par les hommes est « le levier essentiel parce qu’il agit au cœur même du lieu où la domination s’est produite » écrit l’anthropologue Françoise Héritier pour laquelle « dissoudre la hiérarchie (homme / femme) indique les enjeux des temps actuels et à venir » 1.

Une révolution tranquille
Citoyenne à part entière (la parité en politique) la femme oblige à refonder la démocratie 2.
De l’émancipation de leur désir au partage du pouvoir politique, les femmes provoquent une révolution de la société. Une révolution tranquille. Le droit seul émerge de leurs conquêtes. Et l’écume médiatique. Mais les racines de ces icebergs enserrent et changent l’économie, « travaillent » en profondeur le social, le relationnel.
Les différences induites par la culture sont repensées, traduites autrement dans le quotidien, dans le « privé » dont les constantes sont « publiques » car celles de toutes les femmes.
La revendication de l’égalité dans le travail, de la parité en politique ou, dans les pays en voie de développement, de la lutte contre l’excision et contre l’analphabétisme discriminatoire remettent en question le monde tel qu’il va.

Le féminisme : vigilance et solidarité
Et il va mal quand, par exemple, tous les six jours en France, une femme meurt des violences de son conjoint. Et que certaines affirment que la prostitution est un libre choix. Rien n’est jamais acquis (définitivement) aux femmes. Précarité, pauvreté « spécifique », back-lash les guettent.
Aussi le féminisme a-t-il pour nom vigilance. Et solidarité.
Message aux jeunes femmes qui récusent le féminisme, tout en s’appropriant les libertés chèrement acquises. Mais on ne naît pas solidaire, on le devient.
Le monde a-t-il (encore) besoin des féministes ? Débat, (tentatives de) réponses le 20 novembre prochain, au colloque de choisir.

G.H.


1. « Masculin–Féminin II », Odile Jacob, 2002.
2. En principe. En pratique la parité a été détournée de son but par les grands partis aux dernières législatives de 2002. Cf. « La parité trahie » in choisir n°85.

 

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ENTRETIEN :
Annick Coupé, dirigeante de SUD
Dans un monde syndical français machiste et misogyne, Annick Coupé, cofondatrice du syndicat SUD PTT (pour Solidaires, unitaires et démocratiques) représente une bouffée d’air pur. Avec son entêtement souriant, son autorité incontestée et sa sereine intelligence, cette militante défend âprement la cause et les droits des femmes. Elle invite les femmes à assumer davantage de responsables syndicales, à participer à leurs instances dirigeantes, à mener avec elle le combat pour la parité, pour la mise en place des quotas, à refuser l’instauration du temps partiel féminin, l’inégalité salariale et professionnelle.

CHOISIR : Annick Coupé, racontez-nous votre parcours…
Annick COUPÉ : Je suis une « vieille » syndicaliste puisque je me suis syndiquée en 1973. A l’époque, mon parcours personnel ne m’a pas amenée à avoir une réflexion féministe. En effet, je suis venue au mouvement social et à la lutte sociale par le biais de la politique. Dans les années 70, j’ai milité dans une organisation d’extrême gauche, une organisation maoïste. On ne peut pas dire qu’alors le féminisme était une valeur forte.
Par contre, c’est principalement à cause de la question des femmes que j’ai quitté cette organisation politique quelques années plus tard. Il s’est trouvé en effet que dans ma vie personnelle, j’ai été confronté au problème de l’avortement, et donc si l’on doit dater mon début de conscience féministe, il remonte à cette époque. Ce que j’ai vu en Province dans les années 73 (je suis originaire du Calvados) alors que je commençais à travailler comme caissière dans un hypermarché, n’a fait que renforcer cette réflexion féministe. C’était un milieu féminin où il y avait très peu d’hommes. C’était aussi un milieu où déjà la forme de travail était le temps partiel imposé. Je dirai que mon parcours syndical et mon parcours féministe étaient au début en décalage - le féminisme arrivant après mon premier engagement syndical - mais lorsque je me suis installée à Paris dans les années 76, que j’ai travaillé comme institutrice remplaçante, que dans ma vie personnelle, j’ai subi des violences physiques de la part de mon compagnon, toutes ces expériences ont accentué ma prise de conscience féministe. En 78, je suis entrée à la Poste. Mon engagement syndical et mon engagement féministe n’ont véritablement coïncidé que lorsque je suis devenue une des fondatrices de SUD PTT au début des années 1989.

CH : En effet, en 1989, vous devenez l’une des fondatrices du syndicat SUD PTT. D’emblée, vous êtes connue et reconnue comme la responsable de ce syndicat turbulent…
A.C. : Il s’est trouvé que j’avais une certaine légitimité dans la CFDT PTT puisque auparavant j’en étais la secrétaire régionale, et cette légitimité était reconnue par un certain nombre de militants et militantes. Donc, il n’y a pas eu de problème quant au fait que ce soit une femme qui prenne la tête du syndicat. C’était même plutôt perçu comme une bonne image de marque. Dans les textes fondateurs de SUD, la question de l’égalité des droits entre hommes et femmes, la question de la dénonciation de l’oppression des femmes sont des valeurs très présentes. A cet égard, je pouvais représenter un point d’équilibre entre différentes sensibilités syndicalo-politique. Nous avons commencé alors à réfléchir sur la nécessité de mettre en place une commission femmes. Nous voulions sortir, à chaque numéro, dans le journal du syndicat une page sur les questions touchant aux femmes, concernant le travail ou la société en général. Nous voulions mener une réflexion qui intègre la place des femmes dans le monde du travail qui n’est pas exactement la même que celle des hommes, où les contraintes ne sont pas les mêmes.
Nous voulions analyser aussi comment on prend en charge les questions revendicatives. Toute réflexion interrogeant de possibles avancées sociales pour les femmes. Mais les comportements masculins au quotidien étant ce qu’ils sont, et on sait parfois combien ils peuvent être machistes, cette défense des droits des femmes exige bien sûr une vigilance permanente car les risques de piétinement, de retour en arrière, de régression dans la pratique sont toujours présents.

CH : Peut-on parler d’une parité (homme-femme) dans les instances de SUD ?
A.C. : Nous avons eu ce débat là, y compris celui qui s’interrogeait sur la nécessité de mettre en place des quotas. Pour la petite histoire, quand en 82, il y a eu débat sur les quotas à la CFDT, j’étais farouchement contre. Je me suis battue et mon syndicat s’est battu contre à l’aide d’arguments assez classiques comme ce ne seront pas des vrais places, les quotas sont un alibi etc. Et puis finalement, lors de la création de SUD, j’ai commencé à évoluer sur la question. J’ai défendu l’idée de quotas en proposant de les expérimenter pour vérifier si cela fonctionnait. En 89, nous avons proposé un quota très modeste de 25%, alors qu’à l’époque il y avait 39% de femmes aux PTT. A titre d’expérience, quatre ans après, en 93, on a repris la discussion, et on a finalement entériné dans nos statuts un quota d’un tiers de femmes, soit 33% de femmes. Avec le recul maintenant, ce dont je suis persuadée c’est que si l’on n’avait pas mis en place le quota à chaque renouvellement d’instance, « naturellement » les femmes auraient laissé leur place.
Ce qui est encore plus vrai pour les femmes qui ont des responsabilités syndicales importantes, celles qui participent aux instances dirigeantes où le quota là tombe à 20%. Donc pour répondre à votre question, effectivement nous n’avons pas la parité. Car nous sommes d’abord parti du taux de féminisation des syndiqués. Or, s’il y a 40% de femmes syndiqués, on devrait avoir des quotas de 40%. Ce qui n’est pas acquis car nous en sommes toujours à un tiers. Donc, il faudrait reprendre la discussion. Cela renvoie à ce que je vous disais tout à l’heure, comme quoi entre les textes écrits, les déclarations d’intention et la réalité effective, il y a un écart important. C’est un constat que l’on peut faire pour SUD, mais c’est aussi un constat que l’on fait dans les autres organisations syndicales. Quant on touche aux structures de pouvoir, on bute toujours sur un point dur.

CH : Sur la parité, un mot encore : est-ce que votre syndicat a appuyé d’une manière ou d’une autre le grand débat qui a agité la scène publique sur la parité législative ?
A.C. : Nous n’avons été ni pour ni contre. Nous avons mené des réflexions au sein de la commission femmes. Pour résumer, notre position syndicale était de dire que c’était utile, ne serait-ce que parce que cela posait le débat publiquement. Un constat s’imposait : face aux retards extrêmement importants qu’on avait en la matière, cela pouvait être un levier intéressant. Cependant notre réflexion nous incitait à penser qu’évidemment cela ne suffisait pas si l’on mettait juste la parité en terme de chiffres sans qu’il y ait autour des mesures d’accompagnement.

CH : Sur l’égalité professionnel, l’égalité salariale, l’écart des salaires reste encore important entre les hommes et les femmes. On note un écart de 10 à 15% sur des salaires de mêmes niveaux, mais sur la masse, on enregistre 20%. Malgré les lois votées à l’Assemblée nationale en 1983, en 2001, l’égalité salariale n’existe toujours pas puisque la masse globale des salaires féminins est inférieure de 25% à celle des hommes. Que font les syndicats ? Ajoutons que les syndicats n’ont jamais décidé une grève sur une revendication spécifiquement féminine, par exemple l’égalité des salaires entre homme et femme…
A.C. : Malheureusement, cet exemple prouve bien que le syndicalisme n’a pas encore intégré dans sa démarche revendicative les inégalités qui persistent dans le monde du travail. Si l’on s’en tient aux inégalités salariales, différentes lois prévoient qu’il y ait des plans d’égalité professionnelle, sauf que si une entreprise ne fait rien et que les syndicats ne font rien, il ne se passe rien. Le problème, c’est que d’une part, il n’y a pas d’obligation de respecter la loi puisqu’il n’existe aucune sanction si on ne la respecte pas. Ainsi, si une entreprise ne réunit pas les délégués du personnel pour discuter de l’égalité professionnelle, force est de reconnaître qu’il ne se passera strictement rien. La loi n’est pas contraignante. Du côté des organisations syndicales, je ne suis pas sûre non plus que ce soit une priorité pour elles de se battre pour exiger des plans d’égalité professionnelle. Mais le tableau est peut-être moins noir que celui que je trace, puisqu’on entrevoit depuis peu l’ébauche de quelques avancées. En effet, à l’EDF, par exemple il y a une mesure de rattrapage salariale pour les femmes (sensée combler le manque à gagner). A ma connaissance, c’est le premier plan en faveur des femmes et c’est important. Reste que cette différence globale de salaires relève, à mon sens, d’une tolérance sociale. Quelque part, dans l’inconscient collectif et les représentations mentales, les femmes ne peuvent prétendre qu’à un salaire d’appoint.

CH : Le problème c’est qu’aujourd’hui, pour subsister, on a besoin dans la plupart des cas de deux salaires !
A.C. : En effet. Mais ni meilleur, ni pire, le mouvement syndical, pareil à celui de la fonctionnement de la société, est structuré sur l’imaginaire masculin. Ces représentations collectives traditionnelles (selon lesquelles l’homme travaille et la femme s’occupe de la sphère familiale) fonctionnent toujours même si cette perception est obsolète puisqu’elle ne correspond plus à la réalité d’aujourd’hui. Désormais et très massivement les femmes ont investi le monde du travail. Aujourd’hui il y a des familles monoparentales, des femmes qui élèvent seules leurs enfants et qui sont dans une situation de grande précarité puisque leur revenus sont trop faibles, des femmes seules; toutes ont besoin d’un vrai salaire. C’est en quelque sorte le même problème que celui du temps partiel…

CH : Parlons-en, justement ! On sait que ce sont à 82% les femmes qui travaillent à temps partiel…
A.C. : Concernant le temps partiel féminin, je crois que nous avons manqué d’acuité. Nous avons été aveuglés par ce miroir aux alouettes qu’offrait l’instauration du temps partiel féminin. En réalité, nous avons simplement été trompés, « arnaqués » lorsque on nous a vendu le temps partiel dans les années 80 au nom de la conciliation. A l’époque, je me souviens, l’argument était de dire que les femmes grâce au temps partiel allait enfin pouvoir conjuguer vie professionnelle et vie familiale. Elles auraient davantage de temps pour s’occuper des enfants. Davantage de temps pour s’épanouir elles-mêmes.
Mais, en réalité, force est de reconnaître que ce discours racoleur recouvrait une autre réalité. Il sous-entendait implicitement, mais purement et simplement, que le travail des femmes n’était pas un travail à part entière et donc qu’il ne méritait pas d’être rémunéré par un salaire à part entière. On reste d’ailleurs, dans la même logique avec l’inégalité salariale, qui sous-tend que la femme est l’épouse ou la compagne d’un homme. Que son licenciement est donc moins préjudiciable que celui de l’homme. A croire qu’aujourd’hui les mentalités n’ont pas évoluées ou très peu puisque tout cela participe inconsciemment du même raisonnement, et des mêmes résistances masculines.

CH : Mais c’est intolérable !
A.C. : Effectivement ! Mais on ne peut pas jeter la pierre qu’aux syndicats ! Nous sommes désormais dans une logique patronale qui développe aussi la précarité, le temps partiel etc.

CH : Reste que les syndicats ne bougent pas beaucoup pour changer cet état de fait !
A.C. : Je pense que le tournant qui a été pris au début des années 80 sur cette question a eu des conséquences très négatives. A partir de là, la tendance au travail partiel s’est développée dans tous les secteurs. C’est vrai qu’aujourd’hui une conciliation entre vie privée et vie professionnelle semble une gageure impossible puisque la femme doit travailler le matin, le soir, le samedi, (le tout en des voyages épuisants) et que ces horaires impossibles rendent sa vie familiale encore plus difficile.

CH : La lutte spécifique des femmes n’est donc pas un « archaïsme » comme certain(e)s le prétendent…
A.C. : La lutte des femmes pour leurs droits reste complètement d’actualité. De fortes inégalités demeurent dans tous les domaines de la vie des femmes. Des risques de régression existent même sur des acquis obtenus par les luttes. C’est pour cela qu’il faut imposer la dimension féministe dans tous les combats sociaux actuels et à venir, dans tous les mouvements qui luttent pour un autre monde, comme le mouvement altermondialiste.

Propos recueillis par Gisèle Halimi, Aimée Gourdol, Martine Houyvet et Isabelle Gaudé.
Photo : Isabelle Besson.

 

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ÉCHOS DE FRANCE

L’IVG « médicamenteuse » et la maîtrise de la contraception

Par Aimée Gourdol
Membre du bureau de choisir.

Depuis le 1er juillet 2004, les femmes ont la possibilité de pratiquer une IVG médicamenteuse en évitant l’hospitalisation. Mesure permettent de soulager des centres surchargés, la mise en place de l’IVG médicale en ville est plutôt une bonne nouvelle pour les femmes.

En milieu hospitalier ou chez soi ?
Jusque là, les femmes qui avaient recours à l’IVG médicamenteuse se rendaient en milieu hospitalier 48 heures après la prise du RU 486 pour une prise de prostaglandine et restaient sur place jusqu’à ce que se produise l’expulsion. La nouvelle réglementation permet aux médecins de ville (généralistes ou gynécologues) de délivrer les médicaments à leurs patientes, la première prise se fait dans le cabinet du médecin, la seconde au domicile. Cette manière de procéder simplifie les choses pour certaines femmes mais elle n’est pas, loin s’en faut, généralisable. Il n’est pas évident, en effet, de faire une « fausse couche médicamenteuse » à domicile quand on est déjà mère de jeunes enfants dont il faut prendre soin. A l’inverse la solitude n’est pas rassurante en pareille circonstance. Il convient toutefois de rappeler que la durée légale pour pouvoir pratiquer une interruption de grossesse est de douze semaines et que l’IVG médicamenteuse ne peut se pratiquer que jusqu’à cinq semaines ; cela signifie qu’à côté de l’IVG médicamenteuse à domicile ou en milieu hospitalier doit subsister la méthode plus lourde d’intervention chirurgicale.

Trois ans depuis 2001
Une pétition réclamant la parution des décrets d’application de la loi du 4 juillet 2001 a circulé sur Internet. Des hôpitaux, tel l’hôpital Bichat à Paris, se sont organisés pour procurer aux femmes les comprimés de Mifégyne (l’équivalent du RU 486) absorbés à l’hôpital et de Cytotec pris 48 heures plus tard au domicile… Malgré toutes ces actions, où l’on a peu entendu les syndicats de médecins y compris de gynécologues, il aura fallu attendre trois ans entre le vote de la loi et la parution du décret d’application ! Ce manque d’empressement gouvernemental est d’autant plus incompréhensible que la situation est loin d’être satisfaisante.
• Le nombre des médecins exerçant dans les centres d’IVG est en baisse. L’acte médical n’a pas été revalorisé pendant treize ans.
• Alors que dans certaines régions, comme en Ile de France, elles assurent près de 50% des interventions, de plus en plus nombreuses sont les cliniques privées qui arrêtent de pratiquer des IVG, ce qui accentue les difficultés du secteur public.
• Des délais d’attente trop longs (trois semaines pour un rendez-vous, entre quatre et cinq en périodes des congés) conduisent, soit à pratiquer une intervention chirurgicale traumatisante et onéreuse (à où une IVG médicamenteuse aurait suffit), soit à se rendre à l’étranger (près de 5000 femmes chaque année).

350 OOO grossesses non désirées, c’est inacceptable
350 OOO grossesses non désirées qui se soldent par 220 000 avortements annuels. Les chiffres, désespérément stables depuis vingt ans, sont à eux seuls un aveu d’échec de la politique de contraception. Pourtant, faire baisser le nombre des grossesses non désirées, n’est pas un objectif inatteignable à qui veut promouvoir largement toutes les formes de contraception et de lutter contre les idées reçues. Seulement voilà en France, les étudiants en médecine reçoivent en tout deux heures d’information sur la contraception durant leurs études ! Résultat, les préjugés sont légion : nombre de médecins, et parmi eux des gynécologues, refusent l’utilisation du DIU (dispositif intra-utérin) chez les femmes sans enfants, sont réticents à la pose d’implants et demeurent prisonniers des lobbies pharmaceutiques. Ajoutons à ce sombre tableau le non remboursement des pilules de troisième génération. Enfin, ces dernières années l’indispensable campagne de prévention contre le sida a, bien malgré elle, contribué à brouiller le message de la contraception : il faut sans cesse rappeler que le préservatif doit être associé à une contraception efficace pour éviter les accidents.

Un combat de tous les jours
A choisir, nous savons quels âpres combats il a fallu mener pour obtenir la légalisation de l’avortement ! Le procès de Bobigny, deux ans avant l’adoption de la loi Veil, fit éclater au grand jour les souffrances qu’infligeaient aux femmes les tenants (souvent des hommes) de l’interdiction de l’avortement. Nous nous sommes récemment mobilisées contre l’amendement Garraud dit « d’interruption involontaire de grossesse » qui, par le biais très détourné de la répression de la délinquance routière, aurait conduit à accorder un statut juridique au fœtus et donc à ouvrir une brèche dans la garantie du droit à l’avortement. Enfin, rappelons qu’en Europe l’IVG reste illégale dans plusieurs pays : Portugal, Irlande, Pologne, Malte.

 

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Violences conjugales : une troublante opacité

Par Catherine HANIN
Membre du bureau de choisir.

Espagne, mars 2004. Une onde de choc vient de percuter la vieille l’Europe. Le nouveau Premier ministre Zapatero a osé la formation d’un gouvernement strictement paritaire. Surtout, l’homme a fait preuve de courage politique. N’a-t-il pas déclaré illico vouloir s’attaquer aux violences domestiques, véritable fléau national. Le monde entier semble alors le découvrir. L’Espagne est montrée du doigt. Sommes-nous davantage épargné(e)s en France ? Nous avons l’air, en tout cas, de le croire (ou de croiser les doigts). Un article d’Ignacio Ramonet, « Violences mâles » 1 vient bientôt enfoncer le clou : « les brutalités domestiques sont devenues pour les Européennes de 16 à 44 ans la première cause d’invalidité et de mortalité, avant même les accidents de la route et le cancer ». Enfin, Libération, (10 sept. 2004) titre en une : « Violences conjugales : tuées dans l’indifférence ». L’étau se resserre, le réveil est brutal. Certes, dans notre pays, le thème des violences domestiques est bien connu. On commande des rapports, on veut des chiffres. On fait surtout beaucoup de déclarations de principe. Pourtant, le Haut Comité de la santé publique a mis récemment en garde : « la lutte contre la violence est une priorité de santé publique » 2. Le terme spécifique de « violences domestiques » demeure, quant à lui, étrangement tabou. Souvenons-nous pourtant que des actions drastiques ont été menées avec succès contre ces « violences routières », que l’on avait, un beau jour, su et osé nommer.

Pas de statistiques fiables
Au demeurant, notre pays reste le très mauvais élève. Impossible d’avoir des statistiques fiables. On se base simplement sur des estimations (6 femmes chaque mois chaque mois sont tuées par leur compagnon, d’après le rapport Henrion de 2001). Si l’on en croit Libération, ce ne sont pas moins de 29 femmes qui ont été assassinées par leur compagnon entre fin juin et fin août 2004 (AFP). Aucun homme tué par sa compagne pour la même période. En 2007, on pense être en mesure de pouvoir comptabiliser les crimes sexistes. Et si la situation était déjà pire qu’annoncée ?
Les violences envers les femmes ont des coûts et des effets sociaux non encore mesurés. Aucune des initiatives ne doit être négligée (prévention, hébergement d’urgence, accompagnement des victimes, suivi des auteurs de violences, etc.). Il faut signaler, également des campagnes originales, comme celle démarrée récemment en collaboration avec le Conseil Général de Seine Saint-Denis, avec le concours de nombreuses associations et destinée aux hommes. Le durcissement des lois actuelles, une loi anti-sexiste, refusée depuis 3 décennies, s’imposent. Mais n’oublions pas que l’indépendance économique de la femme est l’une des premières conditions de sa liberté, et l’une des premières conditions pour oser franchir le pas et pour pouvoir se soustraire au cycle infernal des violences conjugales.


1. in Le Monde diplomatique, juin 2004.
2. Rapport Violences et santé. Disponible sur le site de la Documentation française.

 

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À l’écoute des femmes dans le monde

Afghanistan
Soraya avait 21 ans. On lui a proposé d’être la vedette d’un court-métrage. Son mari lui a donné son autorisation. Le court-métrage a été primé dans un Festival de cinéma organisé par le journal féminin Rawzana. Son mari n’a pas supporté de la voir à l’écran. Il l’a tuée.

Asie
« Normalement », il naît – dans le monde – 105 garçons pour 100 filles. C’est une constante biologique. Or, on constate, surtout en Asie, que cette proportion « traditionnelle » est, très souvent, bouleversée, notamment pour la seconde naissance. Ainsi, en Corée du Sud on a noté 117 garçons pour 100 filles, en 1990, pour la seconde naissance, et 140 garçons pour 100 filles en 2000. En Chine, la proportion a atteint 225 garçons pour 100 filles. Au Nord-Ouest de l’Inde (Pendjab et Haryana) 125 garçons pour 100 filles. Des mesures sont prises, dans tous ces pays, pour interdire les examens visant à déterminer in utero le sexe du fœtus. On espère ainsi limiter les avortements pratiqués couramment lorsque le fœtus est féminin.

Espagne
Les huit femmes ministres espagnoles ont posé, en août, sur le perron de la Moncloa (siège du Gouvernement) dans des poses que certains ont trouvé suggestives et provocantes. Elles avaient accepté de jouer les mannequins pour la revue Vogue. Les féministes n’ont pas apprécié. « Pourquoi » a demandé l’organisation pour les Droits de la Femme, « ne pas avoir fait également un reportage photo avec les ministres hommes dans des poses glamour ?… » La communiste Marisa Castro, figure emblématique du féminisme espagnol a simplement déclaré : « Avec tout le respect que je dois à mes camarades socialistes, elles se sont fourvoyées… »

États-Unis
Dans son livre « Mike contre attaque ! », Michaël Moore évoque la situation des femmes dans la vie politique et économique des Etats-Unis. On y lit notamment qu’il n’y a pas eu une seule femme candidate aux fonctions de Président ou vice-Président dans 20 des 21 scrutins qui ont eu lieu depuis 1920 ; que les femmes n’occupent que 13% des sièges du Congrès ; que sur les 500 premières entreprises des Etats-Unis, 496 sont dirigées par des hommes ; que le revenu moyen des femmes est de 24% inférieur à celui des hommes. Etc…

Iran
Dans le cadre de la lutte dite « contre la corruption affichée » plus de 180 femmes ont été arrêtées pour « port indécent du voile » dans deux province iraniennes au cours des dernières semaines parce que le foulard ne dissimulait pas convenablement leur chevelure. Soixante neuf d’entre elles devront comparaître devant le juge.

Maroc - France
Le parlement marocain a adopté en janvier 2004 une réforme du code de la famille, consacrant l’égalité entre les hommes et les femmes. Désormais, la femme marocaine peut choisir librement son époux, établir des contrats de partage de biens acquis durant le mariage, demander le divorce sans perdre la garde des enfants et le domicile conjugal. La polygamie est rendue quasi impossible. Ces avancées ont du mal à s’appliquer en France. Depuis huit mois, les tribunaux marocains appliquent tant bien que mal le nouveau code de la famille, mais dénoncent les autorités consulaires françaises qui sont à la traîne. « Pour contourner la loi, les maris déclarent, faussement, le domicile de leur femme chez leurs parents au Maroc. Quand la convocation à l’audience du divorce est envoyée, elle revient sans réponse car la femme est en France ! Et le divorce est prononcé en leur absence et transcrit par les services de l’état civil à Nantes ». Il est urgent de mettre en place une « instance de coordination judiciaire entre les deux pays » pour vérifier le caractère contradictoire des actes civils avant qu’ils ne soient transcrits en France. (Le Monde, 17 septembre 2004.)

Europe
En échange de la désignation de Pervenche Bérès (PS) à la présidence de la commission des affaires économiques et monétaires, les socialistes européens auraient accepté l’élection de la Slovaque Anna Zaborska à la présidence de la commission des droits de la femme et de l’égalité des genres. Anna Zaborska est connue notamment pour ses positions anti-avortement.

Turquie
Après plusieurs mois de tergiversations, le gouvernement turc a finalement renoncé à criminaliser, dans le nouveau Code pénal, l’adultère des femmes… Cette mesure, dictée par l’opportunisme politique, ne doit jamais occulter le fait qu’il n’avait jamais été question de pénaliser l’adultère… des hommes !

[…]

(extraits)