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Gisèle Halimi et plusieurs Secrétaires nationales de Choisir ont fait campagne pour le NON. D’autres Secrétaires nationales ont voté OUI. Il est temps maintenant d’avancer ensemble.
Vers une Europe où les femmes auront toute leur place.
ÉDITO :
Et maintenant ?
Par Gisèle Halimi
Le peuple français a tranché. Massivement. Le 29 mai, il a rejeté le Traité Constitutionnel européen.
Faire l’Europe est donc plus que jamais nécessaire. Mais quelle Europe ?
L’Europe de l’argent et des entreprises ne peut que faire régresser le sort des femmes au travail, victimes privilégiées de la course au profit. Pour ces dernières, certains principes doivent être clairement exprimés. Ainsi en est-il par exemple, de l’égalité des sexes comme valeur (et non comme « objectif » ou « moyen »). Le préambule de notre Constitution le proclame. Pourquoi les Françaises, en devenant européennes, accepteraient-elles l’absence de ce rappel essentiel ? Il en est de même pour le travail, les retraites.
Quant au droit des femmes de choisir de donner (ou non) la vie, il doit faire l’objet d’une mention spéciale. Et nous être garanti par le texte fondamental européen. Comment ? Par son affirmation claire et définitive. Ainsi aucune régression ou interdiction ne seraient permises aux États qui ambitionnent de faire l’Europe politique.
En parallèle à l’interdiction de la peine de mort (qu’il faut saluer) et à la proclamation du droit à la vie, le nouveau Traité reconnaîtra comme inaliénable cette liberté des libertés.
Aucun pays, ayant adopté une législation permettant contraception et avortement, ne pourra l’abolir, ou la restreindre, sous peine d’enfreindre la loi européenne. Comme il en est pour l’interdiction de la peine de mort. De la même manière, ne seront européens que les pays qui respecteront ce droit fondamental des femmes, la maîtrise de leur corps. Et si Malte, Chypre, l’Irlande, la Pologne (le Portugal semble devoir voter bientôt pour le droit à l’IVG) s’entêtent dans leur refus ? Décider alors de surseoir à leur intégration, à leur accession à la « dignité » européenne.
La cause n’est-elle pas entendue pour l’abolition de la peine de mort ? Adoptons donc les mêmes critères, procédures et sanctions. Le progrès dans l’union est à ce prix.
Réfléchir et construire
Ce débat n’aura pas lieu d’être le jour où prévaudra la clause de l’Européenne la plus favorisée.
Je la définissais ainsi : « Les termes font sens. Faire choix dans chaque Etat membre du droit des femmes au niveau le plus élevé et en doter l’Européenne, en un statut unique ».
Il nous faudra convaincre. Convaincre qu’un changement qualitatif de l’Europe adviendrait si cette clause devenait la jauge de la justice et de l’égalité entre femmes et hommes. Nous ferons un bouquet juridique de ces avancées pour l’offrir à chaque Européenne. Parce qu’elle est une citoyenne à part entière.
Dans un numéro prochain, nous expliquerons, détaillerons, commenterons.
Et maintenant ? Réfléchir et construire.
G.H.
[Retrouvez en intégralité le chat du 27 mai de Gisèle Halimi sur le site du Nouvel Obs]
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ENTRETIEN :
Catharine A. MacKinnon
Docteure en droit et en sciences politiques, avocate à la Cour Suprême, théoricienne, militante, elle est engagée dans le combat pour les droits humains et l'égalité entre les sexes. Elle enseigne dans les facultés de droit du Michigan et de Chicago, après avoir dispensé des cours à Yale, Harvard, Stanford, UCLA, Orgoode Hall (Toronto) et à l'université de Bâle (Suisse). Catharine A. MacKinnon a fortement fait évoluer le droit en faveur des femmes : reconnaissance en 1986 par la Cour Suprême des Etats-Unis du harcèlement sexuel comme discrimination de sexe, puis de la pornographie et de la prostitution comme violences contre les femmes. Elle participe à l’élaboration de politiques pour les droits humains des femmes, au niveau institutionnel comme à celui des ONG, aux Etats-Unis et dans le monde. Elle a été l’avocate bénévole de femmes et d’enfants victimes d’atrocités sexuelles commises par les Serbes, devant le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie dont elle a également été nommée juge.
Il y a deux ans, notre amie Catherine Albertini l’avait contactée pour lui demander si elle acceptait que son livre fondamental soit traduit en français. C’est aujourd’hui chose faite
1. De passage à Paris en juillet, Catharine A. MacKinnon a bien voulu répondre aux questions de CHOISIR.
CHOISIR : Que pensez-vous du féminisme en France et de ses réalisations récentes ? Par exemple les lois contre les violences et le harcèlement sexuel ?
Catharine A. MacKinnon : Le mouvement féministe en France est très riche de militantisme et de théorie dans le but de faire changer ou d’essayer de faire changer les choses à tous les niveaux, comme partout ailleurs dans le monde, mais diversement.
Concernant, la question des violences sexuelles en France, celle-ci a été posée sous la pression de l’Europe et - comme je le dis dans l’introduction au Féminisme irréductible - on a vu qu’une fois que l’information est disponible, le développement du militantisme et de la théorie peut prendre un tour complètement différent. Mais jusque là, tant que l’ampleur de la réalité systématique des abus sexuels sur les femmes, en tant que groupe, n’était pas connue, chaque femme était un cas isolé. Un mouvement ne peut pas naître d’une réalité aussi fragmentée. Il est absolument nécessaire de connaître la réalité de la façon la plus large possible. Je pense que cette situation a eu un effet très négatif sur la théorie ainsi que sur le militantisme en France. Maintenant, il est possible que ça change.
CH : Il y a beaucoup de résistances. Certaines personnalités très influentes dans les médias contestent ces enquêtes.
C.MK. : Bien sûr, la misogynie est permanente, c’est une constante que nous devons garder en tête. Le discours misogyne nie la réalité de la situation des femmes afin que nous continuions à nous y résigner.
CH : Mais quelques femmes sont satisfaites de la situation et ce sont elles qui ont une position dominante dans les médias…
C.MK. : Grand bien leur fasse ! (rires) (…) ce sont aussi celles qui me demandent pour la 1000ième fois : « Ne pensez-vous pas qu’il soit possible que les femmes qui se prostituent puissent avoir une vie merveilleuse ? » et à qui je pose cette question : « Voulez-vous vous prostituer ? » Elles passent en général par 6 couleurs différentes avant de répondre Non. J’insiste : « Pourquoi pas ? » et, bien souvent, elles répondent : « Parce que je préfère être journaliste ». Là, je leur dis : « OK, pourquoi ne leur donnez-vous pas une alternative ? La possibilité de devenir journaliste, par exemple, à votre place, vous qui, en qualité de journaliste, êtes la personne qui vient leur demander l’étendue de leur bonheur d’être prostituées. Pourquoi ne les laissez-vous pas écrire leur propre article » ? A cet instant, elles commencent à entrevoir la question.
Partout dans le monde, on me raconte que les prostituées sont heureuses. Prendre les femmes qui subissent l’oppression la plus totale et les présenter comme si elles l’avaient choisie ! En attendant nous parlons toutes de ça alors même qu’il y a des études concernant les femmes prostituées - en tant que large groupe, pas uniquement celles que les proxénètes payent désormais pour dire qu’elles prennent du bon temps - sur la fréquence des stress post-traumatiques qui est, chez ces femmes, supérieure à celle que l’on rencontre chez les vétérans du Vietnam rescapés des zones de combat. Ça n’est pas à ça que ressemble une personne heureuse. C’est ce à quoi ressemble une personne sur qui on a tiré.
CH : Mais on vous dira, comme le fait Elisabeth Badinter, que vous ne devriez pas comparer une prostituée avec une journaliste mais avec une ouvrière ou une caissière.
C.MK. : Oui. Mais personne ne vient dire que les ouvrières, caissières etc… mènent la grande vie. Elles devraient être mieux payées et elles s’organisent pour cela. Il n’y a pas non plus que des femmes qui travaillent en usine (…) Il faut, bien sûr, leur donner aussi des alternatives. La gauche parle tout le temps de l’oppression par le travail et prend les ouvriers pour exemple. Elle ne dit pas qu’ils sont libres ; elle ne dit pas qu’ils choisissent de travailler à l’usine. (…) Moi non plus ! Tout d’un coup la prostituée est devenue l’exemple de ce à quoi la liberté ressemble. Vous n’allez pas à la rencontre des ouvrières pour dire ô combien elles adorent leur boulot de sorte que tout un chacun continue d’acheter ce qu’elles font. Elisabeth Badinter, pour ne pas la citer, est dans la publicité 2. Ca signifie qu’elle a un large accès aux médias publics et qu’elle a identifié une niche pour elle-même, une niche où être « la féministe misogyne ». C’est une position très lucrative oû se nicher.
CH : Beaucoup de femmes semblent se satisfaire de leur statut. Sans doute parce que vous êtes opprimé-e-s deux fois : physiquement mais aussi dans votre tête. Comment faire évoluer les choses pour les changer ?
C.MK. : Je pense que la plupart des femmes tolèrent la situation telle qu’elle est, en s’efforçant d’en tirer le meilleur parti possible, parce qu’elles n’ont pas de réelles alternatives pour mener une vie différente. Ce n’est pas qu’elles trouvent la situation mirobolante. Je crois que c’est notre tâche que de leur créer de réelles alternatives afin qu’elles puissent décider ce qui ne va pas dans leur situation présente. C’est l’une des raisons pour laquelle je travaille sur le Droit et le changement institutionnel, parce qu’il est possible d’exposer les raisons pour lesquelles les femmes devraient être mécontentes de leur sort. Mais si elles ne peuvent rien y changer, que faire ?
La décision que j’ai prise est la suivante : donner aux femmes la possibilité de faire quelque chose pour changer concrètement la situation et alors elles verront si elles peuvent continuer de s’en satisfaire ou non, parce qu’alors elles auront une véritable option pour la changer.
C’est ce que j’ai essayé de faire en élaborant une loi sur la pornographie avec Andrea Dworkin : donner des moyens d’agir aux femmes qui pouvaient prouver qu’elles avaient été victimes des matériaux pornographiques. En attendant, on pourrait penser qu’elles sont satisfaites. Mais la seule raison pour laquelle vous pouvez le penser, c’est qu’elles n’ont pas d’alternative !
CH : Pensez-vous que les femmes pourraient utiliser la violence pour faire changer les choses ?
C.MK. : Je n’en sais rien. Cela aiderait probablement, mais je ne crois pas que cela se produira. Les femmes sont confrontées au défi d’agir différemment, d’une façon plus adaptée à leur groupe particulier. Il faut comparer l’ampleur de la violence qui est dirigée contre elles et la résistance qu’elles peuvent lui opposer. On appelle cela de la passivité mais ça n’en est pas. C’est très réfléchi. L’idée c’est que si vous essayez de contrer toute cette violence, tout ce que vous obtiendrez c’est davantage encore de violence. Il y a beaucoup de cas oû c’est vrai.
La violence a donné aux hommes l’accès au pouvoir. La violence est à la base de l’oppression des femmes et n’est donc pas juste un moyen. Elle est fondamentale. Je crois que la violence a été sexualisée. Je pense que la violence et la guerre sont des instruments masculins ultimes. Quant à savoir si ces instruments marcheraient entre nos mains ou pas, je n’ai là-dessus aucune certitude. Mais je crois, je crois réellement que la plupart des femmes ont décidé non seulement qu’elles n’en voulaient pas mais qu’ils ne seraient pas efficaces. Il reste que c’est vraiment intéressant de considérer les choses sous cet angle plutôt que de les éluder ou de travailler sur des bases morales.
CH : En France, en ce moment, la mode est au féminisme post-moderne. Judith Butler dont le livre « Gender trouble » vient d’être traduit, plait beaucoup. Qu’en pensez-vous ?
C.MK. : Ca tourne autour de la présentation de soi. C’est très acceptable parce qu’aucune réalité socialement organisée de l’oppression n’y est analysée qui puisse conduire à la confrontation et au changement. C’est donc d’autant plus appréciable que vous pouvez appeler ça « féminisme ». Chacun peut avoir l’impression de devenir d’avant-garde et progressiste sans avoir à faire quoi que ce soit car tout cela n’est que du théâtre, tout cela n’est qu’un jeu. C’est le maintien du statu quo. Certaines sont, par essence, amoureuses du genre. La domination masculine, à leurs yeux, n’est pas un système réellement oppressif. En parler de la sorte, la maintient telle quelle ce qui explique pourquoi elles sont tellement adorées par ceux qui ont le pouvoir et le désir de répandre ces paroles là.
Mais le réel problème n’est pas là. Ces femmes sont simplement utiles au système, elles l’aident en occupant le terrain mais elles ne sont pas le problème. Judith Butler et les autres sont seulement des voix pour une certaine forme de misogynie et de déni. Mais elles ne créent pas le problème. Parlons plutôt des pornographes, du proxénétisme international, des violeurs, des harceleurs. Eux sont le problème.
CH : Avez-vous toujours été féministe ?
C.MK. : Je suppose que oui probablement. Mais vous ne pouvez pas réellement être féministe sans un mouvement de femmes. Je ne crois pas que cela soit possible. Vous pouvez penser que vous allez y arriver par vous même mais vous n’avez pas les moyens d’y arriver totalement. Pour moi, c’est vraiment une action collective 3.
Propos recueillis par Catherine Albertini et Emily Blake [version abrégée de l’interview]
1. Le féminisme irréductible. Ed. des femmes, 2005.
2. Elle préside le Conseil de surveillance de Publicis.
3. C.MK. qui a participé à la formation de Women’s Lib, milite actuellement au sein de l’organisation féministe Equality now.
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SCIENCES
Henri Atlan : provocateur ou visionnaire ?
Henri Atlan, 74 ans, biologiste et philosophe est l’auteur d’un ouvrage paru en mars dernier, UA utérus artificiel, dans lequel il prédit l’avènement, d’ici une cinquantaine d’années, de l’utérus artificiel. Cette « speculative fiction » envisage les conséquences de l’ectogénèse imaginée par Huxley dans Le Meilleur des mondes, permettant de concevoir et de faire naître des enfants de façon entièrement artificielle hors du corps de la femme.
Ce livre a provoqué une vive réaction de notre amie Violaine Rumin-Lucas, professeure de Lettres à Saint-Nazaire. Nous reproduisons ici son texte, que nous avons également adressé à Henri Atlan afin qu’il réagisse s’il le souhaite pour Choisir.
Le débat sur une question qui, dans les prochaines décennies, est susceptible de bouleverser notre vision du monde, est ainsi ouvert…
(si vous aussi souhaitez réagir, merci d’adresser un courrier à notre association
102, rue Saint-Dominique. F - 75007 PARIS)
Etat des recherches sur l’utérus artificiel
Le biologiste dresse le bilan des recherches menées par Helen Hung Ching Liu et son équipe de l’université de Cornell, dont l’objectif « est clairement de fabriquer un utérus artificiel complet, où une gestation normale se déroulerait du début jusqu’à la fin » (p.39).
Si la science est actuellement en mesure de créer artificiellement un embryon humain et de le conserver cinq jours, et si elle permet de maintenir en vie un bébé prématuré à partir de 24 semaines, elle ne parvient pas encore « à combler l’écart actuel d’environ six mois (…) qui ne peut se dérouler actuellement que dans le ventre d’une femme ».
Le « cahier des charges » est connu des chercheurs qui ont recensé les éléments nécessaires à une telle réalisation : « une cavité tout entière faite d’un tissu endométrial, un système d’apports de substances nutritives, d’hormones, de facteurs de croissance, une filtration des déchets, un oxygénateur, un poumon artificiel, un contrôle de température et de lumière, (…) une protection contre virus et bactéries » (p.40). On ne s’accorde pas facilement, selon Henri Atlan, sur les délais de livraison de cette machine à enfanter : de 10 à 50 ou 100 ans. L’auteur penche pour le délai le plus long compte tenu de la complexité des rapports biologiques entre la mère et le fœtus.
De la fonction thérapeutique aux dérives possibles du recours à l’utérus artificiel
D’abord présenté comme le prolongement ultime des techniques de PMA pour résoudre les problèmes de stérilité des couples ou les problèmes de fausses couches, l’UA serait appelé à dériver, selon Atlan, vers la satisfaction de « désirs d’enfant » de toutes sortes que la procréation naturelle, non médicalisée, ne permet pas de satisfaire et qui permettrait « à n’importe qui, homme ou femme, de « procréer sans faire appel à une femme prêtant son utérus ». Atlan dramatise même en imaginant que les « pro-life » de toutes espèces pourraient revendiquer le droit de « récupérer » les embryons des avortements provoqués pour « mener(…) à terme (des grossesses extracorporelles) en place et lieu de l’accouchement sous X ». Atlan examine ainsi toutes les dérives possibles et imaginables d’une telle invention sous des angles très divers : scientifique dans le cadre des recherches génétiques ; mais aussi sociologique ou éthique ; religieuse et philosophique.
Le texte provoque une réflexion intéressante et même passionnante, sur cette perspective d’une grossesse entièrement extracorporelle et sur les rapports qui en résulteraient entre les genres féminin et masculin : la grossesse n’étant plus dans cette perspective une propriété essentiellement féminine. Cependant, si le texte d’Henri Atlan, UA Utérus Artificiel, renseigne sur la réalité des recherches scientifiques dans ce domaine, il sème le trouble, voire la frayeur, en faisant jouer aux féministes un rôle prépondérant dans cette perspective de révolution.
Une analyse polémique
La forme de l’ouvrage est provocante parce qu’elle présente l’utérus artificiel comme une évolution inéluctable obtenue à la suite de revendications féministes. Le parti pris de l’auteur est de confondre la réalité des informations scientifiques avec la forme de l’anticipation. Ce faisant, il annonce le recours à l’utérus artificiel dans nos vies futures comme une révolution inévitable que l’utilisation systématique de l’indicatif concourt à rendre inexorable : « Comme on l’a vu, pendant une période relativement courte, l’utérus artificiel sera justifié par des raisons thérapeutiques (…). Mais, très vite, la gestation extracorporelle deviendra la norme. » Ce parti pris peut se justifier au nom de la persuasion rhétorique : il s’agit d’imiter le ton de la prophétie pour nous inviter à réfléchir au phénomène imaginé. Ainsi, dans l’esprit d’Henri Atlan, les femmes seront responsables de cette évolution des mœurs : « (…) l’utérus artificiel au XXI ème siècle s’inscrira dans la suite de l’évolution commencée au XX ème siècle vers une séparation toujours plus grande entre sexualité et procréation. Car, comme pour la contraception et l’avortement, il s’agira du droit des femmes à disposer de leur corps. Il n’y aura pas grand-chose à opposer à ce droit (…) comme ce fut le cas du droit à la contraception et à l’IVG. ». Mais contraception et avortement n’enlevaient pas aux femmes le droit de procréer. Or quantité de femmes sont attachées à la grossesse, y compris chez les féministes. Il ne s’agit pas forcément, pour elles, d’une expérience pénible : la science a suffisamment progressé pour que les étapes de la grossesse à l’accouchement, soient dégagées des douleurs que la religion voulait lui infliger. Si bien qu’associer revendication féministe et utérus artificiel au nom du souci des femmes d’échapper aux contraintes esthétiques et pratiques de la grossesse ne peut que choquer ces femmes. Partant, cela nuit à l’image des féministes dont les combats sont toujours engagés socialement.
Ainsi, la revendication de l’utérus artificiel, au même titre que la pilule et la légalisation de l’avortement, ne pourrait relever des féministes que si l’ectogénèse devenait le moyen légal d’une discrimination sociale dans le monde du travail. Quel argument pourrait opposer une travailleuse pauvre à son employeur qui lui imposerait d’avoir recours à un utérus artificiel sous peine de perdre son emploi ? En effet, si le recours à l’avortement clandestin et sa pratique préexistaient à sa légalisation, mettant fin à une mise en danger réelle de la vie des femmes pauvres qui le pratiquaient, la légalisation de l’utérus artificiel préexistera probablement à son éventuelle extension dans les pratiques sociales. Ainsi, la société créera artificiellement un nouveau besoin pour les femmes avec l’aide de la loi, tandis que la même loi soumettait les femmes à des grossesses non-désirées il y a trente ans. Il est permis de douter que la société phallocrate dans laquelle nous vivons souhaite à ce point émanciper les femmes au nom de leur bien-être. C’est pour cette raison que la revendication de l’ectogénèse pour toutes ne pourrait se justifier que dans le cas où celui-ci deviendrait un moyen de discriminer les femmes entre elles, dans le monde du travail. Henri Atlan reconnaît d’ailleurs, que seule une société libérale et individualiste pourrait favoriser la naissance de l’ectogénèse.
C’est cette idée et non l’argument d’une pression féministe en faveur de l’égalité face à la procréation qui semble intéressante à approfondir. L’ectogénèse ne serait pas un désir de femme, mais serait le résultat d’une nouvelle création des hommes pour subordonner les femmes aux enjeux économiques de la société marchande. La maternité devenant dans ce cas l’équivalent d’une paternité, il faudrait réfléchir à l’intérêt qu’auront les femmes à devenir des hommes-pères. En atteignant l’égalité « parfaite » face à la procréation ne perdront-elles pas un des moyens de leur domination sur les hommes ?
Henri Atlan ne se trompe-t-il pas de direction en désignant les femmes comme responsables de cette révolution ? Au delà même du rapport homme/femme, la fin des genres occasionnée par l’ectogénèse ne nuirait-elle pas autant aux femmes qu’aux hommes, en les assujettissant encore davantage aux exigences de la société libérale ? La responsabilité de cette évolution des mœurs relèverait alors uniquement de la société libérale qui, créant de nouveaux besoins au nom des femmes, cherche in fine de nouveaux moyens de soumettre hommes et femmes, sous prétexte d’égalité, à la seule rentabilité.
V.R-L.
[extraits du dossier]
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ÉCHOS DE FRANCE
L’égalité salariale doit représenter un progrès social
Aimée Gourdol
Membre du bureau de Choisir la cause des femmes
Au début de l’année 2005, le Président de la République annonçait une loi visant à atteindre, dans un délai de cinq ans, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Pour mémoire, rappelons que ce droit est garanti par la Constitution, inscrit au code du travail et que le législateur énonçait le principe « à travail égal, salaire égal » dès 1972 ! Sommes-nous près du but ? Peut-être… Devons-nous nous réjouir ? Pas si sûr !.
Du plan Borloo……
Il faut reconnaître au Plan Borloo de cohésion sociale la volonté de prendre en compte l’exclusion dans sa globalité, emploi et logement. Malheureusement, dès sa parution, ce plan s’est inscrit dans le cadre d’une politique d’austérité. L’Insee relève qu’entre 1980 et 2002, la part des richesses produites affectées aux salaires a baissé de 64 % à 57 % tandis que celle des profits augmentait de 23,5 % à 30,5 %. Quant au logement, toujours selon l’Insee, la France compte plus de 3 millions de mal logés, dont 1 million vivant dans des habitats vétustes ou insalubres et la loi Borloo ne prévoit la démolition que de 200 000 logements sociaux et la réhabilitation ou la reconstruction de 200 000 autres logements locatifs sociaux en zones urbaines sensibles (ZUS).
Cela peut paraître trivial mais l’objectif de cohésion sociale ne devrait pas être déconnecté d’une véritable politique sociale. Or, en matière de formations par exemple, celles initiées par les maisons de l’emploi
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ne prévoient pas une remise à niveau des savoirs de base pour les personnes dont le besoin se fait sentir. Pire, à propos de l’obligation de recherche active d’emploi, le plan Borloo prévoit une mesure en contradiction avec la volonté affichée de combattre l’exclusion : le renforcement des sanctions !
…au « contrat nouvelle embauche »
Ce contrat, mis en place par les ordonnances Villepin, prévoit une période d’essai de deux ans « adapté au rythme de développement des très petites entreprises ». En réalité, il s’agit d’allonger à une durée record la période pendant laquelle le salarié devra travailler en dehors de la protection qu’apporte le code du travail puisque durant la période d’essai, le contrat peut être rompu sans préavis, n’a pas à être motivé et ne peut pas être désigné comme un licenciement.
Contrairement à ce qu’affirme le Premier ministre « un complément d’allocations chômage […], un accompagnement personnalisé et la mobilisation de moyens nouveaux de reclassement en cas de rupture du contrat » n’apportent pas de meilleures garanties aux salariés. Il s’agit, non plus de vérifier, si une personne convient au poste qu’elle occupe, mais bien d’accroître la précarité des salariés les plus fragilisés, ceux qui travaillent dans les petites entreprises. N’en doutons pas, cette détérioration sera rapidement généralisée à l’ensemble des salariés : l’idée d’associer le contrat de travail à la réalisation d’un projet n’est pas récente or nombre de projets ont une durée de vie de deux ans…
Qui seront les prochaines victimes ? Les jeunes : « Je demande donc à l’ANPE de recevoir individuellement les 57 000 jeunes au chômage depuis plus d’un an avant la fin du mois de septembre… » a dit le Premier ministre. Les femmes aussi : laquelle osera envisager une maternité en dehors de toute protection de la loi ?
Quelques propositions pour changer la donne dans le sens du progrès social
Les bilans sociaux fournis par les directions d’entreprises lors des négociations annuelles obligatoires, comportent comme l’exige la loi, des tableaux comparatifs par sexe, mais les données présentées ne sont que des pourcentages d’une enveloppe globale dont le montant n’est pas connu. Ainsi l’enveloppe consacrée aux augmentations de salaires peut très bien ne pas grossir, voire diminuer, d’une année sur l’autre, sans pour autant entraver le rattrapage des salaires féminins : il suffit pour cela de programmer une stagnation des salaires masculins.
Pour ne pas tirer les salaires vers le bas, la politique d’égalité salariale doit s’inscrire dans une politique d’expansion économique et non, comme c’est le cas aujourd’hui, dans un cadre de mise en concurrence des salariés entre eux.
La prise en compte de la parentalité s’adresse tant au père qu’à la mère : tout congé parental, lorsque le père reconnaît l’enfant, ne devrait être possible que s’il est rémunéré et alterné.
La maternité ne doit plus être un facteur discriminant dans l’évolution des carrières. Il faut inscrire dans la loi que le congé de maternité est considéré comme un temps de travail effectif à l’issue duquel la salariée recevra une formation de retour à l’entreprise.
La prise en compte de la parentalité suppose des services publics performants : crèches, écoles, transports, services à domicile…
1. Trois cents maisons de l’emploi sont créées par le plan Borloo pour aider les chômeurs les plus en difficulté ou créateurs d’entreprises, intervenir en matière d’accueil, d’orientation, de formation et d’insertion. Elles doivent coordonner l’action des différents services de l’emploi (Unedic, ANPE…).
[extraits du dossier]
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À l’écoute des femmes dans le
monde
Koweit
Pour la première fois dans l’histoire du Koweit une femme est entrée, en juin, au Gouvernement. Madame Maasouma Moubarak - diplômée d’une université américaine et professeure à l’Université du Koweit – a été nommée Ministre de la Planification et Secrétaire d’Etat au développement administratif.
Elle est membre de la minorité chiite du pays.
Les femmes du Koweit avaient obtenu, en mai, les droits de vote et d’éligibilité.
Palestine
Amnesty International a publié, en avril, un rapport saisissant sur la situation dramatique des femmes palestiniennes « face au conflit, à l’occupation et au patriarcat » .
(ce rapport est disponible à la section française d’Amnesty, 76, bd. de la Villette, 75019 Paris)
Afrique du Sud
En juin dernier, Phumzile Mlambo-Ngcuka, ministre des mines et de l’énergie, est devenue vice-Présidente d’Afrique du Sud. Cette ancienne institutrice de 49 ans était entrée au gouvernement en 1996 en tant que Ministre du commerce et de l’industrie sous la présidence de Nelson Mandela.
Swaziland
Plus de vingt mille jeunes femmes – supposées vierges – se sont rassemblées, le 22 août dernier, dans la cour du Palais de la Reine Mère, à Mbabane, pour brûler démonstrativement les pompons que, depuis quatre ans, elles étaient obligées d’arborer sur leurs têtes. Le roi Mswati III avait pris cette décision pour contraindre les jeunes vierges à manifester leur chasteté pendant 5 années. Le but de l’opération était de tenter de contenir le développement du Sida dans un pays où 40 % des adultes sont séropositifs.
Le port du pompon – jaune et bleu pour les mineures, rouge et noir pour les plus de 18 ans – ayant été jugé par les médecins paradoxalement dangereux puisqu’une croyance populaire veut que le Sida peut être guéri par des rapports sexuels avec une vierge, le roi a dû abroger sa décision.
Notons que ce souverain a, personnellement, 12 épouses et 2 fiancées et que, chaque année, à la fête des roseaux, il invite les jeunes filles du pays à venir danser devant lui les seins nus et, à l’occasion, il choisit généralement une nouvelle compagne, mineure ou non, vierge ou non…
Espagne
Une nouvelle loi sur le mariage devrait stipuler que les époux se doivent non seulement fidélité et respect mais aussi entraide dans les tàches ménagères au foyer. Dans cet esprit, un inventeur de Barcelone a conçu une machine à laver qui fonctionne à partir d’empreintes digitales. Elle interdit à la même personne de l’utiliser deux fois de suite !
Cette nouvelle loi, apparemment non assortie de sanctions en de non-observation, représente une véritable évolution des mentalités. Il y a encore 25 ans, les Espagnoles n’avaient ni le droit de signer un contrat ni d’ouvrir un compte en banque et ne pouvaient ester en justice ou voyager à l’étranger sans l’accord du père ou du mari. La désobéissance ou les insultes d’une épouse pouvaient mener celle-ci en prison… Franco est bien mort !
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(extraits)
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