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Les banlieues ont été cet automne le théâtre de graves incidents. Quels sont les causes de ces violences ? Quel a été le rôle des femmes dans ces nuits d’affrontements ? Existe-t-il des vrais remèdes à cette situation ?
Pour ouvrir le débat, je cède la plume et les colonnes de l’édito à Mimouna Hadjam.
Gisèle Halimi

ÉDITO :
Souffrance de la sous - France

Par Mimouna Hadjam

Madame la France, vos enfants, vos jeunes de banlieue vous ont parlé en s’exprimant pendant trois semaines. Ils se sont mal exprimés, mais ils l’ont fait, en vous cassant, en vous démolissant. En exprimant leur colère, ils se sont cassés et démolis.
Nous les femmes qui vivons dans les quartiers, le leur avons dit. Même si nous comprenions leur légitime colère, nous ne pouvions accepter qu’elle s’exprime dans l’autodestruction.
Cette colère était-elle prévisible ? Personne n’avait la date, mais nous savions l’explosion proche et même certaines s’étonnaient qu’elle n’eut pas lieu plus tôt.

Si aujourd’hui de mauvais penseurs tentent de trouver des boucs émissaires accusant, par exemple, les familles polygames d’avoir provoqué les émeutes, c’est pour tenter de diviser les populations de la relégation sociale et ethnique qui composent les 745 ZUS (zones urbaines sensibles) de France.

La violence et la peur nous collent à la peau
Nous femmes des quartiers, sommes la moitié de cette population assignée à résidence sociale et ethnique. Nous sommes avec nos compagnons, fils et frères, celles et ceux qui ont succédé à ceux que F. Engels nommait « les classes laborieuses, classes dangereuses ».
Depuis des décennies, ce ne sont ni la relégation sociale, ni l’assignation à résidence ethnique, ni la dégradation urbaine avec leur cortège de chômage, d’exclusion, de racisme, de sexisme, de communautarisme qui font réagir les politiques.

Trente ans de replâtrage social, de saupoudrage, de clientélisme associatif n’ont fait que s'attaquer aux conséquences, jamais aux causes de notre situation.

Mourir ou casser ! De 1983 à 2005, quatre jeunes sont morts assassinés à La Courneuve  1 dont deux par des policiers. La violence et la mort nous collent à la peau.
Face à la non-réponse institutionnelle, face à la provocation d’un ministre, les jeunes ont répondu à leur façon…

Quand la culture de la lutte est en panne partout dans la société, quand on voit le faible taux de syndicalisation, et la désertification des organisations politiques, on ne peut que comprendre le désastre, ou l’inorganisation de ce qui vient de se passer.

Les femmes n’étaient pas présentes dans les émeutes. Mais ne nous y trompons pas. Elles y étaient de coeur. Malgré le machisme.

Au lieu de décréter le couvre feu, il faut décréter l’état d’urgence sociale, en s’en donnant les moyens, notamment à l’école.

Renforcer l’état social, c’est rétablir les subventions aux associations, qui sont le révélateur de la misère et pallient les carences étatiques, en matière d’aide aux devoirs, d’aide sociale, de soutien moral et psychologique et aussi de vie et de pratiques culturelles et sportives.
Renforcer l’état social, c’est lutter contre les discriminations sexistes en soutenant particulièrement les initiatives féminines car, oui, les quartiers souffrent au féminin.

La banlieue, ce sont des femmes qui travaillent, élèvent leurs enfants souvent seules, résistent individuellement ou collectivement face à la double discrimination qui les touche.

Il faut également renforcer l’État républicain, qui est fissuré. La République n’est pas menacée mais elle titube sous les coups de l’insécurité sociale et économique, qui laissent le champ libre à tous les racismes, les intégrismes et communautarismes.

La République doit reconnaître tous les siens
La République doit annuler toutes les conventions bilatérales qu’elle a signées avec les pays d’origine pour gérer le statut personnel des femmes immigrées ou issues de l’immigration, permettant à la charia islamique de pénétrer le code civil français, en reconaissant la polygamie et la répudiation par le biais des exéquatures.

La République doit reconnaître tous les siens, en nous accordant les droits économiques, en nous faisant accéder à la Fonction publique où nous sommes exclus de centaines d’emplois.

La République doit assumer son passé colonial, en abolissant la honteuse loi du 23 février 2005, dont l’article 4 glorifie les bienfaits de la colonisation française.

Aujourd’hui, nous avons peur de la France qui a peur de nous. Nous sommes la souffrance de la sous-France.
Nous voulons pouvoir dire un jour : nous sommes la France.

M.H.

Fondatrice, en 1987, à la Courneuve, de l’Association AFRICA, qui regroupe des Françaises et des Français de diverses origines ainsi que des ressortissants de diverses nationalités (Maliens, Sri Lankais, Marocains, Tunisiens, Algériens,etc.).
AFRICA occupe quotidiennement le terrain dans des domaines très diversifiés : prévention contre le Sida, information sur la contraception, lutte contre le racisme et le sexisme, défense des droits des femmes et des enfants, aide juridique, information civique, rédaction de lettres ou de formulaires, conseils ménagers, cours d’alphabétisation, etc.


1. 181 morts au cours de la décennie 1981-1991, voir Arabicides, une chronique française : 1970-1991 (Enquêtes). Fausto Giudice. Ed. La Découverte, 1992.

 

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ENTRETIEN :
Sandrine Bonnaire et Anouk Grinberg, comédiennes 
Sandrine Bonnaire et Anouk Grinberg seront à l’affiche en avril 2006  d’un téléfilm (diffusé sur France 2) inspiré du procès de Bobigny. Sandrine Bonnaire y tiend le rôle de l’accusée et Anouk Grinberg celui de l’avocate (dans le rôle de Gisèle Halimi).

Photo : couverture de la réédition de l’ouvrage paru en 1973 sous le titre Avortement , une loi en procès.
(Edition Gallimard, mars 2006, 274 p., 15 euros. Avec un avant-propos inédit de Giséle Halimi et une post-face inédite de Marie-Claire Chevalier).

CHOISIR : Avant le tournage, aviez-vous entendu parler du procès de Bobigny ?
Sandrine Bonnaire : j’en avais entendu très vaguement parler, mais en tout cas pas dans mon entourage.

CH : Qu’en en avez-vous entendu parler pour la première fois ?
S.B. : Il n’y a pas si longtemps. Une quinzaine d’années, peut-être une dizaine. Je ne sais pas qui m’en a parlé exactement, mais c’est forcément des gens dans le métier. Je viens d’un milieu très modeste ; mes parents n’étaient pas très ouverts sur le monde. Et puis, ma mère a eu 11 enfants. Donc la question ne se posait même plus.

CH : Il y a quinze ans, ce problème vous concernait.
S.B. : Non. J’ai eu la chance de bénéficier de la pilule. Je n’ai pas été directement concernée.

CH : En quelque sorte, vous êtes arrivée au moment de la contraception ?
S.B. : Oui, je suis arrivée au bon moment. Mais je me suis toujours demandé en pensant à ma mère, comment une femme pouvait avoir autant d’enfants ? Parce qu’en plus, ce n’était pas vraiment choisi, même si ma mère est religieuse. J’ai le souvenir d’une femme qui criait beaucoup à la maison. Trop de bruit. Trop de fatigue. Trop de mômes. Moi, depuis très jeune, je me suis dit que j’aurais des enfants, mais très peu…J’ai deux filles.

CH : Et vous Anouk, vous aviez entendu parler du procès ?
Anouk Grinberg : Moi, le hasard de la vie a fait que j’ai passé une partie de mon enfance chez l’une des fondatrices du centre Simone de Beauvoir. Alors le féminisme, j’ai été élevée dedans. Je me souviens d’avoir été à un immense congrès à la Mutualité, je devais avoir dix ans, et c’était très impressionnant, un peu effrayant parfois…Le mouvement Choisir, j’en avais entendu parler. Cela dit, c’est très étonnant que l’histoire de cette révolution, qui a changé si profondément la vie des femmes et des hommes soit aussi peu connue. Mais c’est très humain, les gens oublient les horreurs dont ils se sont arrachés.

CH : A quoi cela est dû selon vous ?
A.G. : Cette espèce d’amnésie ? Ils sont oublieux.
S.B. : C’est drôle parce que je n’ai pas du tout ce sentiment. Peut-être parce que j’ai des copines qui ont une cinquantaine d’années. Quand je leur raconte ça, c’est encore assez proche. Ça prend toute leur jeunesse. Cela reste très présent dans leur mémoire. Elles en parlent avec fierté.

CH : Est-ce que la mémoire n’est pas moins sélective pour les hommes que pour les femmes ?
A.G. : Peut-être. Parce que c’est un moment de l’Histoire qui croise aussi l’intime, la sexualité, alors la mémoire se fait plus secrète, elle est chacun pour soi.

CH : Vous saviez que ces femmes mouraient de ces avortements ? Vous saviez que ça arivait ?
A.G. : Oui, mais on nous disait qu’elles mouraient parce qu’elles n’avaient pas fait attention à la façon dont elles se faisaient avorter. Comme si elles avaient le choix ! Je ne savais pas non plus que le violeur avait le droit pour lui mais que la femme qui se faisait retirer l’enfant de l’horreur était punie.
S.B. : Je ne savais pas que les types n’étaient pas condamnés. Je l’ai appris avec le film. Je ne savais pas non plus qu’il y a eu une peine de mort, du temps de Pétain. Ça n’est pas si eacute;loigné que ça dans le temps.

CH : Qu’est-ce que ce rôle vous a apporté. D’abord dans votre métier ?
S.B. : J’ai été très heureuse d’apprendre que la télé pouvait avoir le courage de faire un film aussi audacieux…J’étais un peu craintive. On a tout fait pour que ce soit le plus raffiné possible. On s’est retrouvés avec un vrai sujet dans un vrai tournage. Ce qui est assez rarissime à la télé.

CH : Vous vous êtes senties impliquées ? Vous avez senti quelque chose de différent ?
S.B. : Cela a changé la dimension. En plus, j’ai vraiment porté ce scénario longtemps. Je voulais absolument faire ce téléfilm. Et puis, c’est toujours un peu plus délicat, je dirais un peu plus porteur, quand on interprète quelqu’un qui existe encore. C’est très intéressant parce qu’il y a le devoir de respecter l’autre, parce qu’on raconte quand même la vie de quelqu’un. Il y a certains sujets avec lesquels on ne peut pas se tromper. Il y  a des gens qui sont encore là. Des gens qui ont souffert. Pour les respecter et pour leur rendre hommage, d’une certaine manière, il faut gommer tout artifice, je dirais tout ego. Par respect, par devoir, pour apporter le message.
A.G. : C’est vrai que quand on joue dans une histoire où des gens ont fait preuve à ce point de courage et de dignité, on a envie d’être pas seulement à la hauteur du rôle qu’on vous confie mais des personnes qui y ont vraiment payé de leur vie. Cette histoire là était de la haute couture pour nous les actrices mais aussi pour les personnes qu’on est ou qu’on voudrait être dans la vie.

CH : Vous vous êtes identifiée à…
A.G. : Je crois que le sens de la justice, d’une certaine morale dans la vie, c’est quelque chose qui ne se mime pas. J’ai donc eu cet extrême privilège de jouer et ne pas jouer. Etre une. Et puis… (s’adressant à Gisèle Halimi) puisque j’avais à vous jouer, ce qu’il ne fallait pas faire, c’était vous imiter. Il me semble d’ailleurs que vous êtes assez inimitable (rires). Je me suis plutôt attachée à rendre hommage à une espèce de force d’aigle, de colère lumineuse, de bon sens implacable. Mais une des grandes beautés de cette histoire est l’alliance de ces deux femmes, si peu faites pour se rencontrer et qui, à un moment donné de l’Histoire, ont fait des merveilles en associant leurs forces. Et ça s’est passé comme ça aussi pendant le tournage entre Sandrine et moi. On s’est très bien entendues.
S.B. : Oui, c’est vrai, on était très soudées ; sans vouloir faire de transferts, on a eu quelque chose de fort. Justement cette petite bonne femme que j’ai vue le premier jour (ndlr : Anouk) arriver, je me suis dit : tiens, je me sens protégée par elle, alors que moi Sandrine, je n’étais pas en danger. Elle a une conviction, elle a quelque chose de tellement fort. Pour moi, ce n’est pas du tout un petit « oiseau fragile ».

CH : Au fur et à mesure, il y a une progression, on sent que ça monte en elle…
A.G. : J’avais lu toutes sortes de bouquins sur la justice, j’avais traîné des heures au Palais, je voulais voir comment les avocats se débrouillaient. Et j’ai rarement vu autant d’ennui dans les corps, de gens affalés. L’idée de justice était inerte. Il n’y avait pas de colère, ils faisaient leur métier. J’étais atterrée…Ça m’a fait peur mais ça m’a donné envie de faire autrement.

CH : C’est un peu personnel comme question mais avez-vous avorté l’une et l’autre ?
S.B. : Oui.
A.G. : Oui. Et c’est pas marrant la vie qui vous est faite dans les hôpitaux à ce moment-là…
S.B. : Oui, ce doit être terrible. Nous, nos grossesses, ça a été des vrais moments de bonheur, on est à l’affût de la moindre évolution. C’est un miroir aussi. Cela doit être monstrueux de porter un enfant et de ne pas ledésirer.
A.G. : Quand on adore la vie, on ne la veut pas à tout prix…(s’adressant à GH) En fait, je me suis aperçue, je crois que c’est en lisant un de vos bouquins, que je suis le fruit d’un avortement raté. Ma mère avait eu quatre enfants. Elle a essayé d’avorter. Seule. Avec l’aiguille. Ça a raté j’étais une mauvaise graine qui voulait s’accrocher et je suis née. Ça n’a pas changé ma vie de découvrir ça mais ça m’ conforté certains choix que je fais dans la vie. Vivre mais pas à tout prix. Je suis évidemment pour l’euthanasie. Je suis pour tout ce qui défend le sacré de la vie.
(…)

Propos recueillis par Gisèle Halimi, Aimée Gourdol et Catherine Hanin [version abrégée de l’interview].

 

 

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SCIENCES

Henri Atlan  répond à Choisir
Henri Atlan, 74 ans, biologiste et philosophe est l’auteur d’un ouvrage paru en mars dernier, UA utérus artificiel, dans lequel il prédit l’avènement, d’ici une cinquantaine d’années, de l’utérus artificiel. Cette « speculative fiction » envisage les conséquences de l’ectogénèse imaginée par Huxley dans Le Meilleur des mondes, permettant de concevoir et de faire naître des enfants de façon entièrement artificielle hors du corps de la femme.
Nous avions communiqué à Henri Atlan l’article que Violaine Rumin-Lucas avait consacré à son dernier ouvrage (lire l’article ).
Henri Atlan nous a fait parvenir la réponse que nous publions ici.

Vous me proposez de réagir à l’article de Violaine Rumin-Lucas sur mon livre « L’Utérus Artificiel » et je le fais bien volontiers. Il semble en effet qu’il y ait là un malentendu. Cela vient peut-être de ce que j’essaye de ne pas prendre parti sur le « bien » ou le « mal » que constituera l’UA en soi.
Comme c’est dit à juste titre dans l’introduction de l’article, ce livre est une « speculative fiction » ou « expérience de pensée », où j’utilise l’hypothèse de l’UA dans un futur assez lointain pour réfléchir au présent et aux problèmes nouveaux, sociaux, psychologiques, culturels, politiques, créés par les technologies de la reproduction. Nous sommes déjà engagés dans un processus auquel nous nous sommes peu à peu habitués malgré son caractère radicalement nouveau, et, comme beaucoup d’innovations technologiques depuis le feu et la roue, ceci est à la fois un « bien » et un « mal ». L’hypothèse de l’UA sert à analyser les questions posées par ce processus en imaginant qu’il soit arrivé à son terme : une dissociation possible entre procréation et sexualité.

Une utopie fraternelle ?
Plutôt que de porter d’emblée un jugement de valeur sur les conséquences bonnes ou mauvaises de ce processus, j’essaie d’examiner différents scenarii, les uns catastrophiques comme le « meilleur des mondes » d’Huxley, les autres un peu moins, si l’on imagine un environnement démocratique, contrairement à celui du roman, et même à la fin, la possibilité d’une « utopie fraternelle » de rapports hommes-femmes sur laquelle tout cela pourrait un jour déboucher - un jour que notre génération ne verra évidemment pas. Tout dépendra - et dépend déjà- de l’environnement et des conditions, sociales, morales, culturelles, politiques, dans lesquelles cela se fera.
La technique, en ce domaine comme en d’autres, crée de nouvelles options, qui forcent à choisir là où la question du choix ne se posait pas. Ceci peut être vu comme l’ouverture de nouveaux espaces de liberté, mais aussi comme une source d’aliénations nouvelles, dans la mesure où les choix sont eux-mêmes souvent déterminés, soit par des pressions externes (sociales, économiques, politiques et autres), soit par les différentes formes d’aliénation consumériste du désir, que la technique permet d’exacerber. Je pense notamment aux ambiguïtés du fameux « désir d’enfant » » que la technique tend de plus en plus à transformer en « droit à l’enfant » à tout prix, que la société serait tenue d’assurer, au même titre que le droit au travail, à l’éducation, au logement et au revenu minimum garanti.

Des sociétés différentes
Ces analyses me semblent avoir un certain intérêt parce que la réalisation technique et une certaine acceptation sociale de l’UA me semblent inéluctables, même si c’est dans plusieurs décennies. Cette distance permet de concevoir des sociétés qui seront aussi différentes de la nôtre - sans que nous sachions précisément en quoi -, que ce que nous vivons aujourd’hui est différent des conditions de vie d’il y a un siècle. En même temps, cette évolution vers l’UA n’est que la continuation des processus déjà engagés par le développement du contrôle des naissances et des procréations médicalement assistées.

Contrairement à d’autres réalisations techniques, comme le clonage reproductif par exemple dont je persiste à croire qu’il n’est pas sûr qu’il soit un jour appliqué à l’espèce humaine, une forme d’acceptation sociale de l’UA, avec « droit » à l’UA pour celles qui le revendiqueront, me semble inéluctable, pour des raisons que je tente d’analyser dans le livre. Parmi ces raisons, en effet, j’évoque la revendication des femmes du droit à disposer de leur corps, en donnant naissance à leurs enfants tout en évitant ce qui peut apparaître à certaines comme un ensemble de contraintes liées à la grossesse. On peut plus facilement concevoir que la société résiste à une revendication de ce type de la part des hommes, bien que cela ne soit pas absolu, comme on le voit déjà à propos des débats sur l’homoparentalité.

Des féministes divisées
Mais c’est là que se trouve le malentendu. Tout cela ne veut pas dire que je rends « responsables » les femmes, globalement, de la situation qui sera créée par l’UA, comme le dit Violaine Rumin-Lucas, pour qui, visiblement, cette situation n’est pas souhaitable. Je cite longuement la thèse de Gena Corea suivant laquelle toutes ces techniques de PMA sont les effets d’une collusion du pouvoir médical et de la société phallocrate - ce qu’elle appelle les « pharmacrates », thèse qui ressemble à ce que défend Violaine Rumin-Lucas dans son article.
Mais je suis obligé de constater que les positions féministes sont divisées sur ces questions, et que d’autres courants voient au contraire dans ces techniques des possibilités de libération des femmes de ces mêmes pouvoirs. Libération ou dépossession (du privilège de la maternité) est une question que je pose à propos de l’UA comme des techniques déjà existantes.
J’essaie d’analyser différents arguments susceptibles d’orienter la réponse dans un sens ou un autre, sans pouvoir prendre parti puisque les deux éventualités sont possibles, dépendant de l’environnement dans lequel la technique sera -et est déjà- appliquée.

Quoi qu’il en soit, dans l’hypothèse minimale de sociétés démocratiques dans laquelle je me place, qui peut évidemment ne pas être vérifiée partout dans 50 ou 100 ans, l’acceptation sociale de cette technique, du fait, entre autres, que certaines femmes la revendiqueront, n’implique nullement qu’elle sera obligatoire et que celles qui désireront porter leurs enfants ne le pourront. Certes, les dérives de discriminations économiques et de pressions de la part des hommes sont toujours possibles, - comme c’est déjà le cas, sans attendre que l’UA ne les facilite éventuellement.

Mais tout cela s’effectuera dans le cadre des rapports de forces qui existeront alors entre hommes et femmes et entre différents courants d’opinions chez les unes et chez les autres, ainsi qu’entre les différentes composantes du désir qui contribuent, de façons souvent conflictuelles, à en élaborer les stratégies.

C’est ce que je croyais avoir expliqué dans le livre. Je vous remercie de me donner l’occasion de tenter de le préciser brièvement, en espérant que la lecture du livre pourra en convaincre vos lectrices.

H.A.

 

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ÉCHOS DE FRANCE

A l’Assemblée nationale : une loi utile

Le 15 décembre, l’Assemblée nationale a voté, à l’unanimité, une loi qui renforce la législation sur les violences conjugales.
La répression de ces violences au sein d’un couple (qu’il s’agisse de conjoints, de concubins, de pacsés) est étendue à celles commises entre anciens partenaires et sérieusement aggravée.
En cas de meurtre, par exemple, la peine encourue passe de 30 ans de prison à la perpétuité.

Le viol, commis dans un couple, est, lui aussi, considéré comme une circonstance aggravante.Sont également renforcées les sanctions concernant les mutilations sexuelles, le tourisme sexuel et la pornographie utilisant des enfants.

La loi doit maintenant revenir en deuxième lecture devant le Sénat qui l’avait proposée à l’initiative de trois sénateurs : Roland Courteau (PS), Nicole Borvo (PCF) et Joëlle Garriaud-Maylam (UMP)

[extraits du dossier Politique]

 

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À l’écoute des femmes dans le monde

Belgique
Terre d’accueil
Selon une enquête du quotidien Le Monde, les centres belges de procréation assistée feraient de plus en plus difficilement face à l’afflux de couples étrangers, notamment français. Ainsi, rien qu’à l’hôpital universitaire Erasme de Bruxelles, 70 % des demandes d’insémination avec don de sperme (IAD) proviendraient de couples de lesbiennes françaises. Face à un tel afflux, un appel public de don de sperme a dû être lancé et les délais d’attente peuvent atteindre deux ans.
Rappelons que la France, à l’instar de la plupart des législations de ces voisins européens, interdit la procréation médicale assistée (PMA) aux couples de même sexe.

Pologne
Les hommes et les enfants d’abord
Lech Kacynski, candidat ultra-conservateur du Parti Droit et Justice, a remporté le 23 octobre l’élection présidentielle. C’est son frère jumeau Jaroslaw qui avait déjà remporté les élections législatives de septembre ; celui-ci s’était toutefois désisté du poste de Premier ministre afin de ne pas gêner la campagne familiale.
Fervents catholiques, favorables au rétablissement de la peine de mort, plutôt allergiques à l’euro et laissant entendre que l’Amérique apparaissait plus importante à leurs (4) yeux que l’Europe, les nouveaux dirigeants bicéphales commencent à inquiéter sérieusement l’Union européenne. Pour couronner le tout, le nouveau gouvernement polonais ne vient-il pas de fermer le bureau chargé de veiller à l’égalité des sexes. Raisons invoquées : des problèmes budgétaires. Qu’en pensent les furieux adeptes de l’élargissement européen  ?

Turquie
Laïcité réaffirmée
Le 10 novembre, la Commission européenne des droits de l’Homme (CEDH) a débouté en appel une jeune femme turque qui se plaignait d’avoir été exclue de son université pour port de voile islamique, estimant que l’interdiction de celui-ci « n’allait pas à l’encontre des droits fondamentaux d’une population majoritairement musulmane vivant dans un pays laïc ».
Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, membre du Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamique, a critiqué cette décision. Fervent partisan de l’abolition de la loi interdisant le port du voile dans les universités, il devra toutefois affronter au préalable un groupe de pression laïc encore très influent dans le pays.

Chine
La Chine s’éveille-t-elle à l’humour ?
Guangzou Rubber group, entreprise chinoise de caoutchouc, vient de lancer la commercialisation de préservatifs «  Clinton » et « Lewinski ».
D’abord distribués gratuitement à des fins publicitaires, les préservatifs Clinton seront ensuite vendus au prix de 3, 07 € la boîte de 12 alors que le modèle Lewinski sera vendu 1, 94 € pour la même quantité. Liu Wenhua, l’un des porte-parole du groupe explique ainsi que pour le consommateur chinois, l’ancien président Clinton « est considéré comme une personne responsable, engagée dans la lutte contre le SIDA », d’où un produit « haut de gamme ».
Quant au préservatif Lewinski, il ne serait « pas aussi bon ». A quand un préservatif Bush complètement poreux ?

Monde
En manque de femmes
« Il manque 66 millions de femmes » titrait le magazine Sciences & Vie en mai 2005.
Cette situation alarmante se vérifie essentiellement en Chine et en Inde, pays où se pratique un eugénisme forcené, qui privilégie quasi-systématiquement les naissances masculines.
Si rien n’est fait dès aujourd’hui, les démographes prévoient un effondrement démographique au niveau planétaire d’ici à 2050.
Le chiffre avancé pourtant colossal, pourrait toutefois s’avérer bien en-deça de la vérité  : le nombre de fillettes et de femmes touchées par le Sida, celui des femmes mortes en couches ou durant leur grossesse, celui des femmes assassinées par leur conjoint, etc. laissent craindre un déficit féminin d’une ampleur largement plus sévère.

[…]

(extraits du dossier A l’écoute des femmes dans le monde)