|
||
ÉDITO : Par Gisèle Halimi
Alicja Tysiac est polonaise. Elle a 35 ans. Elle est mère de deux enfants qu’elle élève seule. Enceinte une troisième fois, en 2000. Elle consulte trois ophtalmos compte tenu du très mauvais état de ses yeux. Mise en garde et diagnostic : si elle mène sa grossesse à terme, elle prend de très sérieux risques pour sa vision. Pendant sa grossesse, sa vue s’affaiblit. Devant cette aggravation, elle demande à avorter. Une agitation factice ?
Alicja peut donc devenir aveugle. La loi, ainsi interprétée par les médecins, semble le vouloir. La justice, elle, se tait, les tribunaux polonais ont rejeté la mise en cause des gynécologues qui lui ont dénié le droit à l’avortement thérapeutique. Alicja a saisi la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) à Strasbourg. Atteinte au respect de sa vie privée (art. 8 de la Convention européenne des Droits de l’homme). Traitement inhumain et dégradant (art. 3). A ces deux violations de notre droit s’ajoute un déni de justice puisque aucune juridiction nationale n’a accepté d’examiner son cas. Ainsi même le droit à l’avortement thérapeutique aussi limité soit-il devient théorique, un faux-semblant camouflant un vrai veto. Puisque sa violation ne peut faire l’objet d’aucun arbitrage judiciaire. Une cause symbolique Car cette cause est symbolique de la négation des droits fondamentaux de certaines Européennes. Des femmes
polonaises, irlandaises, maltaises, chypriotes et, jusqu’à nouvel ordre, des portugaises. G.H. … Dernière minute : lire les communiqués du 22 mai et du 29 juin |
||
|
||
ENTRETIEN :
Christiane Taubira, députée de Guyane Diplômée d’économie et d’agro-alimentaire à Paris.
Cofondatrice de la confédération caraïbe de la coopération agricole (1982-1985), de l’assistance technique à la pêche artisanale en Guyane (1985-1990). Candidate du Parti radical de gauche à l’élection présidentielle en 2002. Vice-présidente du Parti radical de gauche. Députée de Guyane depuis 1993. Députée européenne de 1994 à 1999. A donné son nom à la loi votée le 10 mai 2001, qui reconnaît comme crimes contre l'humanité la traite négrière transatlantique et l’esclavage qui en a résulté. CHOISIR : Christiane Taubira, tout d’abord une question un peu personnelle : qu’est-ce qui a motivé votre entrée en politique ? CH : Vous étiez donc connue ? CH : Et à ce moment, vous avez accepté ? CH : Quand avez-vous commencé à sentir les discriminations ? CH : Et ici en métropole, avez-vous senti des discriminations ? Dans votre vie de femme députée ? CH : Est-ce que vous vous sentez féministe ? CH : On connaît votre loi sur l’esclavage mais ce dont
on ne parle jamais c’est la condition spécifique des femmes esclaves.
Par exemple : y avait-il autant de femmes que d’hommes ? CH : C’est important ce que vous dites, parce que si elles étaient
violées et qu’elles n’étaient que peu de femmes pour beaucoup hommes, ça devait être
terrible… CH : Etaient-elle violées par les autres esclaves ? CH : Mais pourquoi les emmenait-on dans ces conditions ? Uniquement pour qu’elles fassent des enfants ? CH : Quels étaient les rôles des femmes ? CH : Elles ne gardaient pas leurs enfants ? CH : Leur rôle était-il important dans la résistance ? CH : Dans son livre « Une Histoire populaire des Etats-Unis », Howard Zinn parle du grand rôle joué par les femmes esclaves dans la résistance et leur participation à « au moins sept actes de rébellion : sabotages, vols, ralentissement de l’activité, incendies de bâtiment ou de
plantation, assassinats de surveillants ou de maîtres et évasions ». CH : Et les femmes ? Les prêtresses ? CH : Elles étaient nombreuses dans le phénomène marron ? Ou bien, elles se contentaient
d’être des incendiaires ? CH : Quel rôle les femmes, notamment les femmes noires, jouent-elles dans le combat pour l’émancipation ? CH : Quand l’Eglise a-t-elle reconnu l’esclavage comme un crime ? CH : On vous a reproché de ne parler dans votre loi que d’une partie de la traite, la traite atlantique, et de passer sous silence la traite interafricaine et l’esclavage en terre d’Islam. Que répondez-vous à vos détracteurs ? CH : Ce qu’ils vous disent, c’est qu’il n’y a pas que la traite transatlantique. CH : Vous voulez dire que si on met le mot dessus, ça les aide à guérir ? CH : C’est un changement historique, culturel… CH : Vous savez qu’il y a un débat permanent autour de l’Universalisme. Quelle serait selon vous une
définition « convenable » de l’universalisme qui éviterait le piège de ce que l’on ne
veut pas, c’est à dire le communautarisme ? CH : Ce n’est pas le refus de reconnaître les différences. CH : Mais certains s’en servent dans ce sens. Et c’est une source d’injustice et de discrimination énorme. Il va y
avoir une bataille à mener sur ce plan là. Propos recueillis par Catherine Albertini, Gisèle Halimi et Catherine Hanin
|
||
|
||
HISTOIRE :
Michelle Perrot, l’historienne des femmes Par Gisèle Halimi
On peut affirmer que si l’histoire des femmes existe, si elle est sortie de son silence séculaire, et conquiert aujourd’hui ses titres de noblesse ( par la multiplication notamment des chaires et d’études universitaires sur les femmes, le genre…) c’est beaucoup à l’entêtement et à la lumineuse pédagogie de Michelle Perrot que nous le devons. Une sérénité contagieuse Impossible bilan G.H.
Trois questions à Michelle Perrot
1- Pensez-vous que la connaissance par les femmes de leur histoire peut leur donner de nouvelles raisons de revendiquer l’égalité, de défendre leur dignité ? Mais au-delà de cette fonction mémorielle, l’histoire est un instrument d’intelligibilité. D’abord du silence qui a submergé l’existence des femmes, ensevelie dans la nuit obscure d’un passé inénarrable. Des souffrances qui ont été les leurs. Des interdits qu’on leur a opposés et qu’elles ont d&ucitc; vaincre pour s’approprier le savoir, le travail, la liberté de circulation, le droit d’aimer, d’enfanter librement, d’être des citoyennes à part entière. Longtemps, les femmes ont été murées, exclues, voilées, et cette situation pèse encore lourdement sur elles, quand elle n’est pas leur seul présent. Pourquoi ? Comprendre les raisons de la hiérarchie des sexes et de ses effets, la fameuse « domination masculine », les appréhender non seulement comme des structures immobiles, mais saisir leurs variations dans le temps : voilà un des objectifs de l’histoire. Mais les femmes n’ont pas été seulement des victimes. Elles ont été des actrices de l’histoire, de leur histoire, au rebours de ce qu’écrivait Simone de Beauvoir : « Toute l’histoire des femmes a été faite par les hommes ». Les femmes ont agi de bien des manières. Par l’obstruction, le refus, la résistance, le lent grignotage des interdits. Par le murmure, la conversation, le chant, le cri, la parole privée et publique. Par l’aménagement du quotidien, l’action individuelle et collective, dont le/les féminismes sont une forme contemporaine majeure, décriée à la mesure de son importance. L’égalité n’est pas le fruit d’une modernité automatique, mais le résultat d’une volonté. Conquête inachevée, elle reste fragile. L’histoire incite à la vigilance. Enfin, l’histoire des femmes, par l’analyse des expériences passées, aide à déconstruire les systèmes de pensée, de savoir et de pouvoir qui rivent les femmes à une place assignée au nom d’autorités invisibles et obsédantes, qui tissent leur sujétion, leur consentement, voire leur sentiment de culpabilité : la Nature, Dieu, l’Universel, la Révolution, le Droit. Elle a une fonction critique nécessaire et libérante. […] Propos recueillis par Gisèle Halimi [ Version abrégée. Retrouvez l’intégralité des réponses dans notre journal n° 96]
|
||
|
||
PROSTITUTION
Un match, des bières, des putes… et la bénédiction de la loi
Par Violaine Rumin-Lucas, membre du bureau de Choisir la cause des femmes
Près du stade olympique de Berlin où se déroulera dans quelques mois la coupe du monde de football, s’est ouvert un lupanar géant, Artémis. Règlementarisme : l’hypocrisie de la loi. Dans son édition du 26.02.2006, Le Monde décrit ce « bordel géant ». Sur quatre étages et 3OOOm2, des prostituées circulent nues parmi une clientèle d’hommes. Les deux paient un droit d’entrée (les premières 50 euros, les seconds 70) ; les passes sont ensuite payantes (à partir de 60 euros). La mairie de Berlin dispense une sorte de manuel de savoir vivre à l’usage des clients des prostituées : « Soyez poli », « Soyez propre »…Magnifique décalogue hygiéniste censé limiter la violence inhérente à la prostitution. Peut-être, notre époque moderne, verra-t-elle un jour un manuel de la ratonnade courtoise à destination des supporters ouvertement fascistes du monde du football : « Soyez courtois », « Soyez propre »…? En attendant, le choix de placer ce lupanar aux environs du stade n’est pas un hasard. En effet, le business du sexe peut compter sur la foule des clients que draîne le spectacle sportif pour prospérer, d’autant que le règlementarisme n’empêche nullement l’illégalité. Interpol reconnaît ainsi que les événements sportifs internationaux s’accompagnent d’une augmentation de la prostitution forcée (Le Monde, 26.02) comme ce fut le cas lors de la coupe des confédérations en 2005. Prostitution et football : l’hypocrisie du sport et des médias. Football, sexe, télévision telle est la trinité de notre époque dévote d’argent…A quelques semaines de la coupe du monde, les amoureux du football se réjouissent des rencontres sportives à venir. La société mafieuse aussi : le trafic de
chair humaine rapporte, paraît-il, plus que celui de la drogue ou de la contrefaçon. V.R.-L. [extraits du dossier Violences - Prostitution]
|
||
|
||
À l’écoute des femmes dans le monde
Australie Belgique Italie Maroc Monde [ ] (extraits du dossier A l’écoute des femmes dans le monde)
|
||
|