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ÉDITO : Par Gisèle Halimi
J’ai tourné autour des thèmes. L’édito, sur quelle idée, quelle actualité ? Les violences contre les femmes, la parité trahie par les politiques, les femmes immigrées… J’avais beau parcourir l’Europe, l’Afrique, je revenais toujours à Berlin. Artémis - un bordel de 3.000 m² - 650 clients « accueillis » en même temps. Quelques 40.000 femmes importées et casées dans les « cabanes du sexe ». Un objectif : vendre au mieux, au plus vite, et le plus possible le sexe des femmes. En prime, la garantie d’anonymat des clients. Douchés, soulagés mais furtifs et « inconnus ». Les organisateurs de ce commerce fabriquent pour ce grand événement sportif un monde particulier où les femmes sont à vendre et où les hommes achètent. Ils ne peuvent pas faire autrement, nous dit-on, c’est la loi de l’instinct irrépressible. Donc le retour à l’animalité. Et cette régression inacceptable devrait justifier cette phase extrême de la violence faite aux femmes. Pourtant certains pays - la Suède par exemple - ont réussi à rendre concrète la marche vers l’abolitionnisme : pénaliser le client et non la prostituée. Qui voudrait gâcher la fête ? La chancelière Angela Merkel manifestait récemment sa volonté de remettre sur le métier le projet de traité de Constitution européenne. « Il faut », disait-elle « sauver les avancées et montrer que l’Europe peut façonner la politique selon ses propres valeurs… Quelles valeurs, selon vous, Mme Merkel ? Une Europe où les femmes (53 % de la population) pourraient à ce point être niées dans leur corps,leur sexualité, leur dignité, pourrait-elle devenir la leur ? Une Europe du mépris et de l’argent ? Les femmes risquent de se souvenir de votre passivité G.H.
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ENTRETIEN :
Marie-George Buffet, Secrétaire nationale du Parti Communiste français, ancienne Ministre des sports CHOISIR : Alors Artémis, ce bordel géant pour la Coupe du monde, quid ? CH : Où on entend dire que les femmes ont choisi ce bordel… CH : Mais jutement, comment on mène la bagarre ? CH : Si l’on fait une délégation, à qui on s’adresse ? On demande à voir
qui ? Auprès de qui ? CH : Pourquoi pas les joueurs de renommée, comme Zidane et compagnie ? CH : Est-ce que tu prévois une manifestation sur place ? CH : Est-ce qu’on a réussi à identifier les responsables et les organisateurs de ce bordel ? Ce n’est quand même pas la FIFA ? CH : Alors, la question, c’est est-ce que le monde des affaires peut être détaché de toute valeur humaine ? Parce qu’alors, dans ce cas, pourquoi ne pas rétablir l’esclavage ? CH : On est dans une légalité totale. CH : Bon, passons à 2007. Je ne sais pas si tu te souviens mais CHOISIR avait organisé un débat entre les deux finalistes en 81 - Giscard et Mitterrand - sur le thème « quel Président pour les femmes ? ». A la dernière minute, Giscard n’est pas venu, on avait dû lui dire qu’il n’avait rien à gagner du côté de l’avortement alors Mitterrand a trôné tout seul pendant 3 heures. ça avait été un succès monstre, plus de 6000 personnes. Alors quel Président ou quelle Présidente pour les femmes ? Par exemple, prenons l’IVG. C’est soi-disant réglé. Mais ça n’est pas réglé. Une liberté sans les moyens de la liberté, c’est un leurre. CH : Oui, mais quel Président ou quelle Présidente va faire tout ça ?
CH : Alors ton projet, c’est une candidature de rassemblement ou bien ? CH : Tu iras en tenant haut le flambeau des femmes ? CH : Tu considères que le féminisme contient des valeurs d’une ampleur qui dépasse le combat des femmes. CH : Et on est dans l’Europe ! Il y a un risque de contagion par le bas. C’est déjà vrai pour les salariés, il y a une vraie volonté de tirer tout le monde vers le bas. CH : Là encore on parle toujours de choix. Du choix de travailler à temps partiel. C’est hallucinant, le temps partiel soi-disant choisi par qui ? Choisi par l’employeur. Des horaires éclatés, une précarité totale comme pour les caissières qui font à la fois l’ouverture et la fermeture. CH : Voilà, c’est pareil. Propos recueillis par Catherine Albertini, Gisèle Halimi et Lila Cherchar
[Version abrégée de l’interview]
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SOCIETE
Femmes en prison
Par Violaine Rumin-Lucas, membre du bureau de Choisir la cause des femmes
Le médecin chef du service médico-psychologique régional (SMPR) de la prison de Fresnes fera valoir son droit d’alerte (cessation du travail) le 30 juin 2006, pour dénoncer la baisse des effectifs de personnels (Le Monde). 2275 femmes étaient en détention à cette époque , leur effectif ayant quasiment doublé depuis 1980 (1159). Une femme emprisonnée sur quatre avait moins de 25 ans et une sur deux moins de 30 ans. Décès, séparations, divorces, placements ou situations d’alcoolisme ont marqué leur existence. 20% de celles-ci étaient illettrées et 50 % avaient un niveau d’instruction primaire, selon l’Observatoire international des prisons. 63 établissements pénitentiaires sur 186 pouvaient recevoir des femmes. Quatre maisons d’arrêt - Fleury-mérogis, Fresnes, Rennes et Versailles - et trois centres de détention - Rennes, Bapaume et Joux-La-ville - sont situés dans la moitié nord de la France, ce qui pose des problèmes considérables de maintien de lien avec les proches. V.R.-L.
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EUROPE
Loi cadre en Espagne : une première en Europe
Par Clotilde Normand, membre du bureau de Choisir la cause des femmes
En Espagne, la loi cadre relative aux mesures de protection intégrale contre la violence de genre a été promulguée le 28 décembre 2004, après avoir été adoptée à l’unanimité par les deux chambres du Parlement espagnol. Pourquoi une loi « intégrale » ? Les initiatrices de cette loi et après elles, le législateur, estiment que pour lutter efficacement contre la violence de genre, il faut y apporter une réponse globale, qui ne se cantonne pas aux solutions judiciaires ou répressives. Les mesures prévues par la loi touchent notamment à l’éducation et à la sensibilisation, à l’aide aux victimes par un accompagnement sanitaire et social, et à l’amélioration de l’efficacité de la justice. Aussi l’élaboration de la loi a-t-elle impliqué sept ministères (Education, Justice, Intérieur, Travail et Affaires Sociales, Santé, Administrations Publiques et Economie).Cette loi, proposant une approche multidisciplinaire de la prévention et du traitement de la violence de genre, est une première en Europe. Partant du constat que la violence de genre est la conséquence des schémas culturels machistes profondément ancrés dans la société, le législateur s’attaque aux racines du mal, c’est-à-dire, aux mentalités, dans un Titre premier consacré aux mesures de sensibilisation et de prévention. La sensibilisation commence dès l’école. La loi érige en effet en objectif du système éducatif espagnol, la formation au respect et à l’égalité entre hommes et femmes, de la maternelle à l’université. L’accent est mis sur l’apprentissage de la résolution pacifique des conflits. Les contenus des livres scolaires sont révisés pour assurer la suppression des stéréotypes sexistes ou discriminatoires dans tous les matériels éducatifs. A cette fin, les organisations défendant les intérêts des femmes disposent d’une représentation au Conseil scolaire de l’Etat. La loi veille également à ce que l’image de la femme véhiculée dans les médias respecte l’égalité et la dignité, notamment dans la publicité. Les associations dont l’objet unique est de défendre les intérêts des femmes sont dorénavant autorisées à exercer devant les Tribunaux l’action en cessation de publicités traitant de manière vexatoire l’image de la femme. Certaines associations voudraient aller plus loin et étendre ces mesures de protection à tous les moyens de communication et aux jeux vidéo. Après la sensibilisation en amont, la loi cadre se concentre dans son Titre II sur l’aide aux victimes. Elle vise à assurer aux femmes victimes de violence un accès effectif à l’information sur leurs droits et aides, et leur prise en charge par des services sociaux multidisciplinaires à même de leur dispenser soutien psychologique, soutien social, et appui en matière de formation et d’insertion professionnelle. Il est en effet important qu’aucune femme ne reste contrainte de subir une relation violente en raison de la dépendance économique au maltraiteur. Si leurs ressources sont faibles, elles ont droit à une assistance juridique gratuite. D’importantes mesures de protection dans le domaine du droit du travail ont été établies, visant à justifier les absences au travail des victimes de la violence de genre, à leur assurer le droit à la réduction ou le réaménagement de leur temps de travail, à la mobilité géographique, ou au changement de leur centre de travail, pour leur permettre de s’éloigner de l’agresseur. Les victimes de violence de genre ont droit au chômage même en cas de démission. Pour accompagner la mise en œuvre de la loi cadre, deux nouveaux organes administratifs ont été créés : la Délégation spéciale du Gouvernement contre la violence envers la femme, rattachée au ministère du Travail et des Affaires Sociales, conçue comme une force de proposition de la politique gouvernementale en matière de violence et comme coordinatrice de toutes les actions menées en ce domaine, et l’Observatoire de l’Etat sur la Violence envers la Femme, qui vient de voir le jour en mars dernier, et dont les fonctions consistent à analyser l’évolution de la situation, et conseiller et de collaborer avec la Délégation spéciale dans l’élaboration de propositions (Titre III de la loi cadre). Si la réponse au fléau de la violence de genre ne peut pas être uniquement répressive, il n’en demeure pas moins que les solutions judiciaires et pénales sont des outils indispensables à son traitement, et le législateur a cherché à en améliorer l’efficacité. En matière judiciaire, la grande innovation de la loi consiste en la création de juges spécialisés, dits « juges de la violence contre la femme» . Un seul juge connaît de toutes les dénonciations pour violence de genre et des questions civiles s’il y a séparation, divorce ou des mineurs à protéger. Ils ont des compétences civiles et pénales.
L’objectif poursuivi est de garantir une protection plus rapide et efficace de la victime, et lui éviter les pérégrinations entre différentes juridictions. Ces juges peuvent prendre diverses mesures de protection, selon la gravité des cas : de l’éloignement de l’agresseur et la suspension des communications, jusqu’à la suspension de l’autorité parentale et du régime des visites. Ils ont le pouvoir de juger dans un temps extrêmement court les agressions constitutives de délits qui ne requièrent pas d’investigations compliquées. Plus d’un an et demi après l’entrée en vigueur d’une partie de la loi - près d’un an en ce qui concerne le volet judiciaire et pénal, l’Espagne commence à dresser les premiers bilans de l’application de la loi. Bien entendu, comme il était prévisible, le manque de moyens financiers constitue le principal frein à la mise en œuvre effective des ambitieuses mesures prévues par la loi. Tout le monde est conscient de ce que le chemin à parcourir pour éradiquer la violence de genre sera long, au vu de la complexité du problème à résoudre. Pour autant, comme le note Montserrat Comas, présidente de l’Observatoire contre la Violence Domestique et porte-parole du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire, « l’important est que nous ayons tracé une voie, un objectif, et que les hommes et les femmes qui collaborent pour l’atteindre soient toujours plus nombreux ». C.N.
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À l’écoute des femmes dans le
monde
Inde Italie Afrique du Sud [ ] (extraits du dossier A l’écoute des femmes dans le monde)
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