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ÉDITO :
Berlin, juin 2006 : la coupe jusqu’à la lie

Par Gisèle Halimi

J’ai tourné autour des thèmes. L’édito, sur quelle idée, quelle actualité ? Les violences contre les femmes, la parité trahie par les politiques, les femmes immigrées… J’avais beau parcourir l’Europe, l’Afrique, je revenais toujours à Berlin.

Artémis - un bordel de 3.000 m² - 650 clients « accueillis » en même temps. Quelques 40.000 femmes importées et casées dans les « cabanes du sexe ». Un objectif : vendre au mieux, au plus vite, et le plus possible le sexe des femmes. En prime, la garantie d’anonymat des clients. Douchés, soulagés mais furtifs et « inconnus ».

Les organisateurs de ce commerce fabriquent pour ce grand événement sportif un monde particulier où les femmes sont à vendre et où les hommes achètent. Ils ne peuvent pas faire autrement, nous dit-on, c’est la loi de l’instinct irrépressible. Donc le retour à l’animalité. Et cette régression inacceptable devrait justifier cette phase extrême de la violence faite aux femmes. Pourtant certains pays - la Suède par exemple - ont réussi à rendre concrète la marche vers l’abolitionnisme : pénaliser le client et non la prostituée.

Qui voudrait gâcher la fête ?
La prostitution a été légalisée en Allemagne par une loi du 1er janvier 2002. Mais cela empêcherait-il les Etats fédéraux (les länder) d’intervenir ?
Par des décisions locales, la prostitution pourrait être interdite.
Mais qui voudrait gâcher la fête de la coupe du monde ? Qui voudrait faire échec à ce cynisme - les valeurs du sport d’une part, le proxénétisme intentionnellement légalisé d’autre part - et à cette évidente lâcheté ?

La chancelière Angela Merkel manifestait récemment sa volonté de remettre sur le métier le projet de traité de Constitution européenne. « Il faut », disait-elle « sauver les avancées et montrer que l’Europe peut façonner la politique selon ses propres valeurs… Quelles valeurs, selon vous, Mme Merkel ? Une Europe où les femmes (53 % de la population) pourraient à ce point être niées dans leur corps,leur sexualité, leur dignité, pourrait-elle devenir la leur ? Une Europe du mépris et de l’argent ?

Les femmes risquent de se souvenir de votre passivité
Qu’attendez-vous, vous, la première chancelière d’Allemagne pour faire barrage à l’Europe du sexe, pour vous dresser contre ce saccage irréversible des femmes, parce que justement vous êtes femme ?
Sinon, où est l’avancée - que nous avons longuement saluée - de votre élection ? Madame Merkel, l’histoire des femmes risque de se souvenir de votre passivité.
Alors, agissez…

G.H.

 

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ENTRETIEN :
Marie-George Buffet, Secrétaire nationale du Parti Communiste français, ancienne Ministre des sports

CHOISIR : Alors Artémis, ce bordel géant pour la Coupe du monde, quid ?
Marie-George Buffet : je suis signataire de tous les appels contre l’ouverture de ces établissements. Je suis contre la légalisation, la réglementation de la prostitution. Je me prononce pour l’abolition de toute marchandisation du corps et la prostitution est une marchandisation du corps. Il faut mener ce combat, il est difficile, il est peu relayé par les médias mais il est indispensable.

CH : Où on entend dire que les femmes ont choisi ce bordel…
M-G B. : Qu’elles ont choisi et qu’à la limite ici elles seraient mieux qu’ailleurs, une sorte de prostitution de luxe, protégée, etc. Quand on décrit ces établissements, on souligne bien sûr qu’il y a des saunas, des piscines, des bars luxueux, mais on apprend aussi que ces femmes circulent dans ces établissements en sous-vêtements et talons hauts et qu’elles peuvent être assaillies partout à l’intérieur de ces établissements, partout sauf dans le bar… puisqu’elles sont payées pour ça. Je crois vraiment qu’il va falloir hausser le ton. Il ne suffit pas de dire  : « C’est pas bien », il faut agir.

CH : Mais jutement, comment on mène la bagarre ?
M-G B. : Il faut qu’on précise de façon beaucoup plus forte notre revendication : nous demandons la fermeture de ces établissements. Donc, première chose, se faire entendre. Deuxièmement, est-ce qu’il ne faudrait pas former une délégation massive pour montrer qu’on a le courage de s’opposer concrètement. On irait le plus nombreux possible. J’irais aussi en tant qu’ancienne Ministre des sports. Il faut dire qu’on veut un mondial sans prostitution.

CH : Si l’on fait une délégation, à qui on s’adresse ? On demande à voir qui ? Auprès de qui ?
M-G B. : Je crois qu’il faut interpeller la FIFA (Fédération Internationale des Associations de Football). Ensuite, il faut interpeller le Comité d’organisation de la Coupe du monde. Est-ce qu’il ne faudrait pas aussi saisir les clubs de supporters ? Pas tous, bien sûr, certains sont tellement beaufs que ça n’en vaut pas la peine. Mais il y a par exemple les supporters de l’équipe de France.

CH : Pourquoi pas les joueurs de renommée, comme Zidane et compagnie ?
M-G B. : Bien sûr, on peut tous les interpeller. Certains d’entre eux ont donné des interviews courageuses concernant les discriminations, l’esclavagisme. Il y a les joueurs de foot ; il y a aussi l’équipe de France féminine de foot. On pourrait peut-être la saisir. Je pense également à ceux et celles qui se sont engagés dans mon association pour la mixité obligatoire dans chaque délégation olympique.

CH : Est-ce que tu prévois une manifestation sur place ?
M-G B. : Oui, il faudrait contacter les féministes allemandes et toutes les progressistes allemandes.

CH : Est-ce qu’on a réussi à identifier les responsables et les organisateurs de ce bordel ? Ce n’est quand même pas la FIFA ?
M-G B. : Non, c’est une compagnie privée, une société anonyme. Elle existait déjà mais elle ne tenait pas de tels établissements. Ils ont agrandi leur capital si l’on peut dire. Ils ont investi. Le responsable a parlé tranquillement l’autre jour dans une émission. Il expliquait qu’ils avaient modernisé les chambres, les saunas. Un monsieur très respectable en somme… « Un patron ». A partir du moment où c’est réglementé, on est dans le monde des affaires.

CH : Alors, la question, c’est est-ce que le monde des affaires peut être détaché de toute valeur humaine ? Parce qu’alors, dans ce cas, pourquoi ne pas rétablir l’esclavage ?
M-G B. : Oui, il n’y a plus de limite à l’argent-roi.

CH : On est dans une légalité totale.
M-G B. : C’est le fin du fin de la loi de l’argent. On fait de l’argent sur la marchandisation du corps des femmes.

CH : Bon, passons à 2007. Je ne sais pas si tu te souviens mais CHOISIR avait organisé un débat entre les deux finalistes en 81 - Giscard et Mitterrand - sur le thème « quel Président pour les femmes ? ». A la dernière minute, Giscard n’est pas venu, on avait dû lui dire qu’il n’avait rien à gagner du côté de l’avortement alors Mitterrand a trôné tout seul pendant 3 heures. ça avait été un succès monstre, plus de 6000 personnes. Alors quel Président ou quelle Présidente pour les femmes ? Par exemple, prenons l’IVG. C’est soi-disant réglé. Mais ça n’est pas réglé. Une liberté sans les moyens de la liberté, c’est un leurre.
M-G B.  : Je vais répondre de façon très précise. En effet, l’IVG, pour l’instant n’est pas un droit puisque l’accès à l’IVG est un parcours de combattante, un parcours discriminatoire. Il n’y a pas de vraie liberté d’accès à l’IVG. Mais c’est vrai aussi pour la contraception. On ne peut pas dire aujourd’hui que la contraception soit pleinement accessible à l’ensemble des filles et des femmes concernées. Il y a une discrimination sociale et territoriale.
Il y a aussi tout ce qui concerne la marchandisation du corps, la prostitution, on vient d’en parler. Il faut maintenir l’abolition, c’est très important. Mais ça veut dire aussi lutter contre la situation faite aux prostituées, contre la loi Sarkozy, qui les a mises sur les nationales à la sortie des villes. La marchandisation du corps c’est aussi la marchandisation à travers le système publicitaire : le corps pour la vente, le corps pour le bénéfice, la pornographie etc. Les droits des femmes en matière de choix sexuels. Les femmes disparaissent trop sur ces questions. On parle d’homophobie, on parle des droits des homosexuels. J’ai déposé un projet de loi contre toutes les formes de discriminations – l’homophobie mais aussi tout ce qui porte atteinte aux droit des lesbiennes et transsexuelles - , cela me semble important.
Et puis bien sûr le droit des femmes à l’égalité professionnelle, au choix des filières, au choix des métiers, à l’égalité des salaires… La question du travail domestique et des crèches, de l’école… Et de la parité en politique. Cette question est loin d’être réglée et appelle l’instauration de la proportionnelle.

CH : Oui, mais quel Président ou quelle Présidente va faire tout ça ?
M-G B. : Justement, beaucoup de candidats ou candidates vont approuver tout cela. Mais après ? Moi je demande qu’on mette en face les moyens pour réaliser ces promesses. Parce que je ne veux pas que 6 mois après les élections on nous dise que ça n’est pas possible parce qu’il y a le déficit public, parce qu’il y a l’Europe ! Donc un Président ou une Présidente pour les femmes devra aussi avoir le courage de réformer la fiscalité. Il devra mettre un terme au politiquement correct qui fait qu’aujourd’hui l’impôt sur le revenu représente 17 % des recettes de l’Etat et l’impôt sur les sociétés 15 %. Ce sont les Françaises et les Français y compris les plus modestes, les smicards, les chômeurs qui font rentrer 49,89 % des recettes de l’Etat au travers de la TVA. Je suis donc pour rétablir un impôt sur le revenu qui voit augmenter ses tranches et qui, comme je le dis souvent, va chercher l’argent inutile pour le rendre utile. Utile humainement, socialement, démocratiquement. Je pense qu’il faut, en liaison avec tout ce qui concerne l’hôpital, l’IVG, la contraception, un nouveau financement de la protection sociale. Aujourd’hui, le discours est toujours le même : baisse des dépenses, avec pour résultat, la société à plusieurs vitesses, la santé à plusieurs vitesses. Il faut faire cotiser les revenus financiers comme les salariés.

[…]

CH : Alors ton projet, c’est une candidature de rassemblement ou bien ?
C.T. : Ou bien, on en discutera au mois d’octobre. Est-ce qu’il faudra y aller seuls ? Si c’est le seul moyen de porter un certain nombre de valeurs et de combats, il me faudra y aller. S’il n’y a pas d’union, je n’ai pas envie que le seul message soit porté par des candidats qui mettent cette question des femmes ainsi que d’autres questions en dernière position. Donc s’il faut y aller, j’irai.

CH : Tu iras en tenant haut le flambeau des femmes ?
M-G B. : Ah oui, oui. Honnêtement, je ne me suis jamais sentie aussi bien communiste que quand j’ai compris que le communisme c’était en fin de compte la convergence de toutes les luttes émancipatrices, que le communisme allait de pair avec l’émancipation humaine. Le communisme n’est pas un projet en soi mais la convergence de tout cela, de toutes ces luttes et parmi ces luttes, parce que les femmes sont la moitié de l’humanité, la lutte émancipatrice par excellence c’est le combat des femmes. Féminisme et communisme, quelque part c’est le même combat.

CH : Tu considères que le féminisme contient des valeurs d’une ampleur qui dépasse le combat des femmes.
M-G B. : Oui, parce que c’est le combat pour l’émancipation de la société. A partir du moment où les femmes obtiennent la reconnaissance de leur être dans son ensemble, leur droits mais aussi la reconnaissance de leur être, d’être tout simplement femmes et de pouvoir tout faire en tant que femmes, c’est un moteur pour le reste de la société. Regardez ce qui se passe en Pologne. C’est terrifiant, ce recul.

CH : Et on est dans l’Europe ! Il y a un risque de contagion par le bas. C’est déjà vrai pour les salariés, il y a une vraie volonté de tirer tout le monde vers le bas.
M-G B. : Et chez les salariés, ça commence toujours par les femmes. On légalise la précarité, on l’a vu avec le CPE et le CNE. Mais on l’a déjà légalisée pour les femmes il y a des années avec le temps partiel imposé.

CH : Là encore on parle toujours de choix. Du choix de travailler à temps partiel. C’est hallucinant, le temps partiel soi-disant choisi par qui ? Choisi par l’employeur. Des horaires éclatés, une précarité totale comme pour les caissières qui font à la fois l’ouverture et la fermeture.
M-G B. : Comme pour les femmes qui font soi-disant du temps partiel dans les ménages. Départ à 5h et retour à 21h.

CH : Voilà, c’est pareil.

Propos recueillis par Catherine Albertini, Gisèle Halimi et Lila Cherchar [Version abrégée de l’interview]
Photo : Lila Cherchar

 

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SOCIETE
Femmes en prison
Par Violaine Rumin-Lucas, membre du bureau de Choisir la cause des femmes

Le médecin chef du service médico-psychologique régional (SMPR) de la prison de Fresnes fera valoir son droit d’alerte (cessation du travail) le 30 juin 2006, pour dénoncer la baisse des effectifs de personnels (Le Monde).
La diminution des postes et les congés d’été vont créer une réduction de postes d’infirmiers (0,8 postes contre 6 nécessaires aux soins des 2000 personnes détenues à Fresnes). Plusieurs études ont montré qu’en prison, les taux de pathologie psychiatriques sont jusqu’à 20 fois supérieurs à la population générale. En juillet 2003, on recensait 60.963 détenus (au 1er mai 2006 : 59.035) dans les prisons françaises pour 48.00 places.

2275 femmes étaient en détention à cette époque , leur effectif ayant quasiment doublé depuis 1980 (1159). Une femme emprisonnée sur quatre avait moins de 25 ans et une sur deux moins de 30 ans. Décès, séparations, divorces, placements ou situations d’alcoolisme ont marqué leur existence. 20% de celles-ci étaient illettrées et 50 % avaient un niveau d’instruction primaire, selon l’Observatoire international des prisons.
Un grand nombre ont été suivies pour troubles psychiatriques avant leur incarcération. Elles sont plus nombreuses que les hommes à prendre - et se voir proposer - des psychotropes : 45 % contre 18 % (Le Monde diplomatique).

63 établissements pénitentiaires sur 186 pouvaient recevoir des femmes. Quatre maisons d’arrêt - Fleury-mérogis, Fresnes, Rennes et Versailles - et trois centres de détention - Rennes, Bapaume et Joux-La-ville - sont situés dans la moitié nord de la France, ce qui pose des problèmes considérables de maintien de lien avec les proches.

V.R.-L.

 

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EUROPE
Loi cadre en Espagne : une première en Europe
Par Clotilde Normand, membre du bureau de Choisir la cause des femmes

En Espagne, la loi cadre relative aux mesures de protection intégrale contre la violence de genre a été promulguée le 28 décembre 2004, après avoir été adoptée à l’unanimité par les deux chambres du Parlement espagnol.
Depuis 1991, les associations féministes appelaient de leurs vœux une loi intégrale, appuyées en cela par le congrès étatique des Femmes Avocates, en 1993.

Pourquoi une loi « intégrale » ? Les initiatrices de cette loi et après elles, le législateur, estiment que pour lutter efficacement contre la violence de genre, il faut y apporter une réponse globale, qui ne se cantonne pas aux solutions judiciaires ou répressives. Les mesures prévues par la loi touchent notamment à l’éducation et à la sensibilisation, à l’aide aux victimes par un accompagnement sanitaire et social, et à l’amélioration de l’efficacité de la justice. Aussi l’élaboration de la loi a-t-elle impliqué sept ministères (Education, Justice, Intérieur, Travail et Affaires Sociales, Santé, Administrations Publiques et Economie).Cette loi, proposant une approche multidisciplinaire de la prévention et du traitement de la violence de genre, est une première en Europe.

Partant du constat que la violence de genre est la conséquence des schémas culturels machistes profondément ancrés dans la société, le législateur s’attaque aux racines du mal, c’est-à-dire, aux mentalités, dans un Titre premier consacré aux mesures de sensibilisation et de prévention. La sensibilisation commence dès l’école. La loi érige en effet en objectif du système éducatif espagnol, la formation au respect et à l’égalité entre hommes et femmes, de la maternelle à l’université. L’accent est mis sur l’apprentissage de la résolution pacifique des conflits. Les contenus des livres scolaires sont révisés pour assurer la suppression des stéréotypes sexistes ou discriminatoires dans tous les matériels éducatifs. A cette fin, les organisations défendant les intérêts des femmes disposent d’une représentation au Conseil scolaire de l’Etat.

La loi veille également à ce que l’image de la femme véhiculée dans les médias respecte l’égalité et la dignité, notamment dans la publicité. Les associations dont l’objet unique est de défendre les intérêts des femmes sont dorénavant autorisées à exercer devant les Tribunaux l’action en cessation de publicités traitant de manière vexatoire l’image de la femme. Certaines associations voudraient aller plus loin et étendre ces mesures de protection à tous les moyens de communication et aux jeux vidéo.

Après la sensibilisation en amont, la loi cadre se concentre dans son Titre II sur l’aide aux victimes. Elle vise à assurer aux femmes victimes de violence un accès effectif à l’information sur leurs droits et aides, et leur prise en charge par des services sociaux multidisciplinaires à même de leur dispenser soutien psychologique, soutien social, et appui en matière de formation et d’insertion professionnelle. Il est en effet important qu’aucune femme ne reste contrainte de subir une relation violente en raison de la dépendance économique au maltraiteur. Si leurs ressources sont faibles, elles ont droit à une assistance juridique gratuite.
Dans cette perspective, il est prévu de former les professionnels (médecins, avocats, policiers) afin qu’ils adoptent une attitude adaptée lorsqu’ils sont confrontés aux situations de violence de genre.

D’importantes mesures de protection dans le domaine du droit du travail ont été établies, visant à justifier les absences au travail des victimes de la violence de genre, à leur assurer le droit à la réduction ou le réaménagement de leur temps de travail, à la mobilité géographique, ou au changement de leur centre de travail, pour leur permettre de s’éloigner de l’agresseur. Les victimes de violence de genre ont droit au chômage même en cas de démission.

Pour accompagner la mise en œuvre de la loi cadre, deux nouveaux organes administratifs ont été créés  : la Délégation spéciale du Gouvernement contre la violence envers la femme, rattachée au ministère du Travail et des Affaires Sociales, conçue comme une force de proposition de la politique gouvernementale en matière de violence et comme coordinatrice de toutes les actions menées en ce domaine, et l’Observatoire de l’Etat sur la Violence envers la Femme, qui vient de voir le jour en mars dernier, et dont les fonctions consistent à analyser l’évolution de la situation, et conseiller et de collaborer avec la Délégation spéciale dans l’élaboration de propositions (Titre III de la loi cadre).

Si la réponse au fléau de la violence de genre ne peut pas être uniquement répressive, il n’en demeure pas moins que les solutions judiciaires et pénales sont des outils indispensables à son traitement, et le législateur a cherché à en améliorer l’efficacité.
L’une des dispositions les plus controversées de la loi se trouve au Titre IV : la loi cadre modifie le Code Pénal pour ajouter une circonstance aggravante au délit de coups et blessures : le fait que la victime est ou était l’épouse ou la femme liée à l’auteur du délit par une relation affective analogue, y compris en l’absence de cohabitation. La circonstance aggravante n’existe pas lorsque la victime est le mari ou le concubin. Le Tribunal Constitutionnel est actuellement saisi de la question de la conformité de la loi à l’article 14 de la Constitution, qui consacre la non-discrimination en raison du sexe.

En matière judiciaire, la grande innovation de la loi consiste en la création de juges spécialisés, dits « juges de la violence contre la femme» . Un seul juge connaît de toutes les dénonciations pour violence de genre et des questions civiles s’il y a séparation, divorce ou des mineurs à protéger. Ils ont des compétences civiles et pénales.

L’objectif poursuivi est de garantir une protection plus rapide et efficace de la victime, et lui éviter les pérégrinations entre différentes juridictions. Ces juges peuvent prendre diverses mesures de protection, selon la gravité des cas : de l’éloignement de l’agresseur et la suspension des communications, jusqu’à la suspension de l’autorité parentale et du régime des visites. Ils ont le pouvoir de juger dans un temps extrêmement court les agressions constitutives de délits qui ne requièrent pas d’investigations compliquées.

Plus d’un an et demi après l’entrée en vigueur d’une partie de la loi - près d’un an en ce qui concerne le volet judiciaire et pénal, l’Espagne commence à dresser les premiers bilans de l’application de la loi. Bien entendu, comme il était prévisible, le manque de moyens financiers constitue le principal frein à la mise en œuvre effective des ambitieuses mesures prévues par la loi. Tout le monde est conscient de ce que le chemin à parcourir pour éradiquer la violence de genre sera long, au vu de la complexité du problème à résoudre. Pour autant, comme le note Montserrat Comas, présidente de l’Observatoire contre la Violence Domestique et porte-parole du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire, « l’important est que nous ayons tracé une voie, un objectif, et que les hommes et les femmes qui collaborent pour l’atteindre soient toujours plus nombreux ».

C.N.

 

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À l’écoute des femmes dans le monde

Inde
Petite fille, on ne veut pas de toi !
Anil Sabsani, médecin, et Kartar Singh, son assistant, ont été condamnés à deux ans de prison et 104 euros d’amende par un tribunal pour avoir, lors d’une échographie, révélé le sexe du foetus et proposé une IVG fondée sur le choix du sexe de l’enfant à naître.
Une étude publiée par The lancet montre que 500.000 filles par an ne naissent pas en Inde à cause de la préférence sexuelle. Bien qu’interdite depuis 1994, l’échographie en vue de déterminer le sexe du foetus est pratiquée depuis une vingtaine d’annés. En Inde, élever une fille est une lourde charge à cause de la pratique persistante de la dot. Par le mariage, la fille appartient à sa belle-famille et ne peut plus venir en aide à sa propre famille.

Italie
Franca Rame Sénatrice
Le nom de Franca Rame est souvent lié à celui du comédien dramaturge Dario fo, qui a obtenu le prix Nobel de littérature et dont elle est la compagne mais aussi la collaboratrice.
On oublie que cette comédienne est auteure, qu’elle fut très active dans les mouvements féministes au cours des années 70 en Italie. Son engagement était sans doute trop dérangeant. Un soir, elle fut violée par des militants d’extrême droite et reçut des menaces de mort.
Elle vient d’être élue sénatrice sur une liste de coalition d’opposition à Berlusconi. Espérons que sa voix sera entendue.

Afrique du Sud
Mort d’une grande dame
Ellen Kuzwayo est morte le 19 avril à l’âge de 91 ans. Dirigeante du Mouvement pour les droits des femmes et contre l’apartheid, elle a été professeure avant de s’engager en politique après les massacres d’étudiants de Soweto par le pouvoir blanc en 1976. Son activité militante l’avait conduite cinq mois en prison en 1977.
Ecrivaine, Ellen Kuzwayo, avait notammment publié en 1985 son autobiographie Call me woman, qui remporta le prix de littérature d’Afrique du Sud. Elle avait été la première auteure noire à obtenir cette distinction. Le livre paru en 1987 dans la traduction française chez Robert Laffont est actuellement épuisé. Souhaitons qu’il soit prochainement réimprimé.

[…]

(extraits du dossier A l’écoute des femmes dans le monde)