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ÉDITO :
Dessine-moi un(e) Président(e) de la République

Par Gisèle Halimi

Personne n’y échappera. Dans les interviews (en vrais coq à l’âne) dans les réunions, à table, au travail, la question est posée. Impossible d’esquiver, de temporiser. Un forcing médiatique a décidé pour nous.
Choix quasiment imposé. Une femme à l’Elysée, c’est pour demain. Car ajoutent les commentateurs, le temps des femmes au pouvoir advient enfin.

Le battage des images et des mots rend inaudibles nos objections. Dire que pour nous « le temps des femmes » ne se confond pas avec le « temps de l’autre sexe », biologiquement parlant. Que le progrès réel, la parité en politique et le partage du pouvoir exigent qu’à même compétence, choix et programme, une femme entre enfin à l’Elysée, paraîtra excessif, voir capricieux. Ajouter qu’il ne suffit pas de régner dans les sondages et de donner de soi une image fraîche et avenante pour devenir la « candidate des femmes » semblera le fruit d’esprits chagrins.

Le changement, oui. Une femme présidente, oui. Quelle femme, quel programme, quelles capacités ? Faut-il oublier que l’élection du Président de la République française, dans le cadre d’une Constitution lui attribuant d’immenses pouvoirs (dans le domaine intérieur comme à l’étranger) ne peut se jouer sur des blogs et de simples fantasmes d’avenir ? Faut-il oublier que les attentes des citoyens à l’égard d’une Présidente se doublent des attentes particulières des citoyennes ?

Doit-on enfin accepter que cette dictature médiatique pour la promotion d’une nouveauté (une femme à l’Elysée) efface la perception des discriminations qui frappent encore les femmes et qui sabotent l’application de la loi sur la parité en politique ? Pour prendre un seul exemple :sait-on qu’aujourd’hui, après tant d’avancées, la charge de concilier vie professionnelle, engagement politique et vie familiale pèse essentiellement sur les femmes ? 1

Si dans le partage des tâches, dans les salaires, dans les responsabilités qui font le tissu de notre vie, les femmes demeurent les marginales, les discriminées, les oubliées, comment considérer que la seule élection d’une femme - tel un coup de baguette magique - fera régner pour toutes les autres femmes dignité et égalité ?
Et si cette ébullition concertée des médias n’était que mode, concession à l’air du temps ? Une femme à l’Elysée ? Oui. Mais pas n’importe laquelle, sur n’importe quel programme. Nous ne voterons pas les yeux (féministes) fermés. Pensez au risque. En cas d’échec, quel terrible recul pour la cause des femmes…

G.H.


1. Population et Sociétés, septembre 2006, n° 426, Ariane Pailhé et Anne Solaz de l’INED. 

 

 

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ENTRETIEN :
Marie-Jo Zimmermann, députée de la Moselle 
Présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes.
Rapporteure générale de l’observatoire de la parité entre les hommes et les femmes.

CHOISIR : Parle-nous de ton projet de réforme constitutionnelle pour favoriser l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales.
Marie-Jo Zimmermann : La loi de Nicole Ameline instaurant l’égalité professionnelle a été votée en 2005. Moi, depuis ma réélection, je militais pour que l’on garde la loi Génisson de 2001, tout en l’améliorant. Ce que je souhaitais, c’était que celle-ci soit mieux adaptée aux PME-PMI.
Aujourd’hui, à l’Observatoire, par exemple, l’adjoint du chef du personnel de PSA m’a donné les premières conclusions de leurs propres accords, copiés sur la loi Génisson, et qui en sont sa stricte application. On se rend compte alors que quand cette loi est correctement appliquée, nous avons une amélioration. Ce rapport est fabuleux car il met bien en évidence le fait qu’à partir du moment où l’on prend des indicateurs pertinents, il n’y a pas de problème, on évolue normalement. Les femmes évoluent de la même manière que les hommes. Il suffit de bien respecter ces indicateurs. Toutefois, dans ce rapport, il y a une partie consacrée à la maternité des femmes et l’on voit bien que celle-ci demeure encore un problème.
Donc, Nicole Ameline a fait voter sa loi. Moi, je me disais franchement que sa seule petite avancée portait sur les congés maternité. Et encore, ce n’était pas une avancée révolutionnaire ! Je me suis dit alors que si l’on arrivait à faire passer la présence des femmes dans les Conseils d’administration, la loi serait peut-être plus alléchante. Alors je passe des amendements une première fois. Le Sénat me les enlève. Je les repasse une deuxième fois… Ensuite, on est allés en Commission mixte paritaire. J’avais gagné, les Sénateurs étaient d’accord. Et puis, les socialistes saisissent le Conseil constitutionnel sur l’article 14, qui stipulait qu’on pouvait compléter un temps partiel par un travail dans une société d’intérim. Ils avaient raison. Le Conseil constitutionnel a rejeté cet article parce qu’il était passé en deuxième lecture sans avoir été discuté en première lecture. Et le Conseil constitutionnel s’est auto-saisi…

CHOISIR : Comme chaque fois qu’il s’agit des femmes…
Oui. Il s’est auto-saisi de tout le paragraphe consacré au Conseil d’administration, élections professionnelles, délégués du personnel, etc. Le Conseil constitutionnel s’auto-saisit et enlève tous les articles avec les mêmes arguments déjà invoqués en 1982. Donc moi, à ce moment-là, j’ai pensé qu’il fallait qu’on réagisse et j’ai pris conseil. Il y avait Marie-Cécile Moreau et d’autres. Je leur ai dit que s’il fallait passer par une réforme constitutionnelle, on le ferait. J’ai ainsi déposé officiellement une proposition de loi début juin. Donc si vous voulez, vous avez tout l’exposé des motifs : «  la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles et sociales. » C’est ce que l’on rajoute à l’article 34 après l’alinéa 11.

CHOISIR : Ce qu’il faut, c’est prévoir des sanctions. Si les sanctions sont financières, comme on l’a fait pour la loi sur la parité, ça ne marchera pas. Il faudra que tu sois très vigilante sur les sanctions.
Vous savez que la Norvège, pour les Conseils d’administration, a voté une loi qui exige 40% de femmes. Si l’on n’a pas 40% de femmes, on peut dissoudre l’entreprise.

CHOISIR : C’est la même chose qu’il faudrait faire avec la parité en politique. La sanction devrait être le rejet de la liste électorale quand la loi n’est pas respectée.
Le problème ce sont les scrutins uninominaux.

CHOISIR : Il y a une solution que nous avons toujours proposée. Il s’agit d’unir 2 circonscriptions. Au final, cela permet d’avoir le même nombre de députés, autant de femmes que d’hommes puisque ces 2 circonscriptions élisent 2 député-e-s : un homme et une femme, à égalité. Ce n’est même pas une loi, ce n’est qu’un redécoupage électoral.
Mais revenons à l’Observatoire de la parité entre les hommes et les femmes, que tu présides. Quels sont ses résultats jusqu’à présent et quel impact a-t-il dans l’opinion ?

Je dirais qu’aujourd’hui, le deuxième Observatoire que je préside ne reste plus ancré sur la parité en politique. La vigilance est accrue sur l’ensemble des lois qui ont été votées avec notamment des mises en garde permanentes sur les candidatures pour les législatives. Mais également un souci, qui est le mien aujourd’hui, que l’ensemble des femmes élues en 2001 dans les Conseils municipaux continuent à y rester. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, l’Observatoire fait des enquêtes sur l’ensemble des villes, selon leur taille, auprès des Conseillères municipales, des adjointes et des quelques femmes maires. Je veux voir aussi comment les femmes se sont intégrées dans les communes en dessous de 3500 habitants ; parce que le fait qu’on ait voté la loi de 2001 a aussi fait évoluer les communes de moins de 3500 habitants. Je fais une enquête dans les villes de droite comme de gauche et j’interroge les femmes et les hommes, maires, conseillers et adjoints. Pour voir comment le ou la maire a senti l’évolution par rapport à avant. Dans les villes de plus de 3500 habitants, il y a quand même plus de 47% de femmes…

CHOISIR : Oui, mais tout en bas de la pyramide du pouvoir municipal.
Oui, c’est justement la raison pour laquelle je veux savoir si elles se représenteront en 2008 ou si, écoeurées parce qu’on les a mises là comme pots de fleurs, elles disent « stop, on arrête ! ». Donc, cela voudra dire qu’il faudra rechanger, ou bien pour celles qui veulent rester, les remotiver. L’Observatoire va ainsi mener une vaste enquête sur les femmes élues ou candidates. Avec à la clé, à chaque fois, des recommandations. Je rendrai mon rapport en mars-avril 2007. J’ose espérer qu’avant les prochaines élections municipales, on aura passé une nouvelle loi demandant, comme dans les élections européennes, l’alternance intégrale Femme / Homme à partir de 2500 habitants. Si je sens qu’effectivement la situation est mûre, j’irai dans ce sens et j’accélérerai les choses.

CHOISIR : Il y a donc des propositions mais, sur le plan législatif, en quoi l’Observatoire intervient-il ?
Toutes les propositions faites par Jacques Chirac au moment des vœux sur les femmes, les vice-présidentes d’exécutifs régionaux et municipaux et les suppléants de conseils généraux, ce sont des propositions de l’Observatoire. Le Président de la République dans ses vœux a vraiment pris à son compte…

CHOISIR : Des propositions que tu as faites…
Oui. Ce sont des rapports de l’Observatoire. L’an dernier, en novembre, j’avais écrit une lettre ouverte à J. Chirac pour lui demander instamment de prendre quelques mesures concernant les femmes. Je m’étonnais notamment, alors que dans les conseils municipaux il y a 47 % de femmes dans les villes de plus de 3500 habitants, les exécutifs ne suivent pas. Partout c’est la même chose. Au niveau des vice-présidences, ce n’est pas la parité. Donc là aussi il fallait une loi. C’est une demande qui devrait aussi figurer dans le projet de loi.

CHOISIR : Comment s’opère le travail législatif ?
J’ai une chance extraordinaire. Pendant les quatre ans qui viennent de passer, j’ai eu à la fois l’Observatoire et la Délégation. Donc, l’observatoire peut faire des propositions mais pas de proposition de loi. Mais comme je suis parlementaire et présidente de la Délégation, tout le travail fait par exemple en 2003, au moment de la réforme du scrutin pour les sénatoriales, c’est par la Délégation que je suis passée. C’est au nom de la Délégation que j’ai demandé de ne pas voter l’article. Je passe donc par la Délégation.

CHOISIR : Franchement, es-tu satisfaite de l’Observatoire ?
Oui. Parce qu’aujourd’hui, l’observatoire est visible sur le plan médiatique. Ce qui n’est pas inintéressant. Quand je suis arrivée, on ne me connaissait pas. Il fallait donc une consistance de travaux qui me permettent d’exister médiatiquement et pour que l’Observatoire existe. Il me fallait aussi faire des propositions et pouvoir faire un bilan. J’ai eu de la chance, quand j’ai eu l’Observatoire, de pouvoir faire le bilan de toutes les élections depuis 2001. Cela m’a permis d’avoir un instrument médiatique sur lequel personne ne pouvait discuter. Parce que les rapports que je donnais, ce n’était pas du blablabla. C’était des chiffres évidents. Les trois premières années avec les chiffres, j’ai pu dire : « les statistiques sont ce qu’elles sont ».L’Observatoire permet surtout d’avoir droit à la parole. Mais d’abord, il faut que je le fasse exister médiatiquement.

CHOISIR : Et à propos d’Artémis, que penses-tu du silence d’Angela Merkel malgré nos interpellations ? C’est quand même un signe pessimiste.
C’est quelque chose d’extrêmement grave. On n’a absolument aucun scrupule. On est - je vais être très dure - mais on est comme à la fin de la civilisation romaine. Et c’est aujourd’hui, je crois, quelque chose de malheureusement irréversible. On est à un niveau de perte de valeurs, de perte de choses les plus précieuses, qui sont extrêmement inquiétantes pour nos enfants. Ce qu’on laisse comme civilisation à nos enfants, c’est extrêmement grave. Parce que ce qui s’est passé là est symptomatique.La non-réponse est extrêmement grave. Cela veut dire : agitez-vous, on va vous mettre dans un coin, amusez-vous…Vous finirez bien par vous calmer. ». On a perdu toutes nos valeurs et c’est très grave.

[…]

CHOISIR : Est-ce que tu considères que en soi - sans parler de droite ou de gauche - il serait bon pour la France que l’Elysée s’ouvre à une femme ?
C’est-à-dire que moi, je pars du principe que si une femme est capable -droite ou gauche - d’avoir cette sensibilité là par rapport aux femmes…Alors moi, je dis oui !

CHOISIR : S’il y a un changement de majorité, penses-tu que l’Observatoire continuera ?
Si c’est un changement de majorité à gauche, ils ne vont pas enlever l’Observatoire. Et j’ai mis des parlementaires de gauche auxquels je tiens beaucoup parce que ce sont des gens qui se sont battus pour les femmes. Je les ai faits entrer à l’Observatoire aujourd’hui de façon à ce que si l’on change de majorité, ils puissent reprendre les travaux.

CHOISIR : Enfin, dernière question. La Clause de l’Européenne la plus favorisée. Choisir a présenté cette idée à Bruxelles il y a plus de 20 ans. Celle-ci nous paraît être la plus rationnelle et celle qui devrait relever le plus les niveaux de vie des femmes puisqu’elle s’attaque aux sources de précarité pour les femmes. Nous voulons unifier le droit dans différents domaines.
Moi, l’inquiétude que j’ai, c’est que la Délégation aux droits des femmes du Parlement européen est présidée par quelqu’un de très rétrograde. 1

CHOISIR : Au début de l’année prochaine, nous allons sortir un numéro hors-série avec un travail énorme de Choisir. Nous avons étudié tous les pays, toutes les législations, nous les avons comparées et nous avons interviewé de nombreuses personnes. Nous aimerions aller ensuite présenter cette clause à la Délégation à Bruxelles.
Je suis prête à vous accompagner. Sans aucun problème. Parce que je pense que c’est une excellente idée.

Propos recueillis par Catherine Albertini et Gisèle Halimi [Version abrégée. Retrouvez l’intégralité des réponses dans notre journal n° 98]


1. Anna Zaborska est notamment connue pour ses positions anti-avortement (NDLR).

 

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VIOLENCES
Contre la récidive des violences conjugales : un dispositif expérimental dans le Val-d’Oise
Par Christophe Herbert, psychologue clinicien et Stéphanie Le Gal, sociologue et membre de Choisir

Ce dispositif expérimental de lutte contre la récidive des violences conjugales a été pensé sous la forme d’un groupe de parole. Il est expérimenté dans le Val d’Oise depuis fin 2003 et concerne uniquement une population sous main de justice. Il a été élaboré à l’initiative du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation et des associations Du Côté des Femmes et Esperer 95.

Reponsabiliser chaque participant
Les hommes qui intègrent ce dispositif ont été condamnés pour des actes de violence physique mais, au sein du groupe de parole, tous les aspects de la violence conjugale sont discutés. Cette action est coercitive puisqu’elle entre dans le cadre des obligations socio-judiciaires. Elle vise à prévenir les récidives en responsabilisant chaque participant et en donnant davantage de sens à la mesure de justice.
La nécessité de la constitution d’un binôme mixte pour l’animation s’est imposée. Le fait d’être implicitement représentant-e de son sexe et du couple homme-femme nous oblige à avoir conscience de la projection qui peut être faite sur nous ainsi que de l’importance d’afficher le respect et le soutien nécessaire d’un sexe envers l’autre. De plus, le « duo » psychologue clinicien et sociologue a été retenu afin d’analyser le phénomène des violences conjugales sous deux angles complémentaires, les dimensions intra-psychique et sociétale.
Chaque session compte sept séances collectives hebdomadaires et deux entretiens individuels. Des thèmes différents sont proposés à chaque réunion. Nous insistons particulièrement sur une définition commune de la violence, sur les éléments déclencheurs du passage à l’acte, sur la place des enfants dans un contexte de violences conjugales et sur le sens de la loi. Nous demandons aussi aux participants d’essayer de se mettre à la place des victimes. Nous observons un déni massif chez les auteurs de violences conjugales qui, lors des premières séances, se posent en victime. Les causes externes (l’alcool, le comportement de leur femme, le chômage etc.) sont fréquemment invoquées pour justifier leur passage à l’acte.

Une vision stéréotypée des relations hommes-femmes
Il est important de préciser qu’il n’y a pas un profil unique. Toutefois, nous rencontrons souvent des hommes à la personnalité rigide (paranoïaque, obsessionnelle) ou narcissique, des personnes ayant subi des maltraitances pendant l’enfance ou ayant un rapport à l’alcool complexe. Nous n’avons été confrontés qu’à très peu d’individus souffrant d’une pathologie d’ordre psychiatrique.
Les participants ont très souvent une vision stéréotypée des relations hommes-femmes. Il est parfois difficile de les amener à réfléchir sur les rapports sociaux de sexe, mais il nous faut cependant veiller à placer leur violence envers leur compagne dans une approche de genre.
C’est une rencontre entre l’histoire de vie du sujet, une construction sociale de la différence de genres, un type de personnalité et un conflit situationnel particulier qui va créer un terrain favorable aux actes de violences conjugales. Dans beaucoup de cas, le manque d’estime de soi, l’abandonnisme, le sexisme et la violence comme mode d’expression dans leur histoire les ont conduits à agir de manière aussi extrême.
Il apparaît clairement que la réflexion est renforcée par l’importance de l’écho du discours des autres auteurs. Ce dispositif permet donc de mettre des mots sur les faits commis afin de lever le déni et d’amorcer une dynamique de changement.

C.H. et S. L.G.

 

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IVG
États-Unis : le droit à l’avortement menacé
Par Clotilde Normand, membre du bureau de Choisir la cause des femmes

La question du droit à l’interruption de grossesse est récemment revenue sur le front de l’actualité, de façon préoccupante, aux Etats-Unis. En mars 2006, l’Etat du Dakota du Sud a adopté une loi qui interdit l’avortement, même si la grossesse est consécutive à un viol ou un inceste. La seule exception prévue est le cas de danger pour la vie de la mère. Il s’agit donc d’une loi particulièrement restrictive.
Elle est également contraire à l’état du droit actuel des Etats Unis, défini par un arrêt de la Cour Suprême.

« Roe contre Wade remis en cause ? »
Aux Etats-Unis, la dépénalisation de l’avortement résulte d’un arrêt de la Cour Suprême connu sous le nom « Roe contre Wade ». Le 22 juillet 1973, les juges de la Cour Suprême ont décidé que la liberté personnelle et la protection de la sphère privée comprennent le droit de la femme de décider librement, dans les six premiers mois, de l’interruption d’une grossesse.
La loi du Dakota du Sud, manifestement contraire à cet arrêt, pourrait faire l’objet d’un recours, par ses adversaires, devant la Cour Suprême. Et c’est précisément ce qu’espèrent ceux qui soutiennent cette loi. Ce n’est pas un hasard s’ils l’ont fait passer à ce moment. La Cour Suprême compte neuf juges, nommés à vie par le Président. Or, le Président Bush a pu, au cours de l’année 2005, nommer deux jeunes juges conservateurs notoirement défavorables à l’avortement (John Roberts le 20 juillet 2005 et Samuel Alito le 31 octobre 2005) en remplacement de deux juges plutôt modérés. Une majorité de juges à la Cour Suprême est donc hostile à l’interruption volontaire de grossesse. Les adversaires de l’avortement font le pari que les juges, s’ils sont saisis de la question, infirmeront la décision Roe contre Wade. L’histoire a déjà montré que la Cour Suprême pouvait revenir sur ses positions.

Le référendum de novembre 2006
Cependant, les opposants à la loi, adoptant une autre stratégie, ont choisi d’utiliser une loi du 19ème siècle qui permet de soumettre une loi à un référendum populaire. Les pro-choix ont réuni suffisamment de signatures, dans une pétition, pour obtenir le droit d’organiser ce référendum. Il aura lieu en novembre prochain : les électeurs du Dakota du Sud auront à se prononcer pour ou contre la loi incriminée. Les sondages révèlent qu’une grande majorité d’électeurs voteront contre cette loi. Un certain nombre d’électeurs sondés, même défavorables à l’avortement, trouvent la loi trop restrictive, en ce qu’elle ne fait pas d’exception pour les cas de viol et d’inceste. Même le Président Bush considère que la loi est excessive. Du fait de ce référendum, l’entrée en vigueur de la loi, prévue pour juillet 2006, est retardée jusqu’à l’issue du vote, qui pourrait tout aussi bien l’invalider.

Un effet d’entraînement
Le Dakota du Sud n’est pas le seul Etat voulant restreindre ou supprimer le droit à l’avortement. Une dizaine d’Etats ont l’intention d’adopter des lois similaires à celle du Dakota du Sud (notamment l’Ohio, la Géorgie, le Tennessee, le Mississipi, l’Indiana, et le Kentucky). La Louisiane a procédé un peu différemment : le Gouverneur de cet Etat, pourtant démocrate, a signé le 19 juin 2006 une loi tout aussi restrictive que celle du Dakota du Sud, mais qui ne pourrait entrer en vigueur que si la Cour Suprême revenait sur la décision Roe contre Wade. Une loi en forme d’épée de Damoclès.

Des restrictions plus ou moins directes
Si la loi du Dakota du Sud est une provocation directe contre la décision Roe contre Wade, cette dernière et donc le droit à l’avortement font également l’objet, depuis plus longtemps, d’attaques indirectes. Certains Etats tentent d’en limiter la portée.
Bien entendu, ces lois sont soumises à la censure de la Cour Suprême. Celle-ci a parfois validé des lois restreignant le droit à l’avortement. Ainsi, dans un arrêt « Planned Parenthood of South-eastern Pennsylvania contre Casey » de 1992, la Cour Suprême, sans revenir sur Roe contre Wade, a néanmoins confirmé une série de restrictions au droit à l’avortement obligation de consentement parental, d’un délai de réflexion et de recevoir un conseil anti-avortement…)
Le droit à l’avortement est aussi menacé par les lois dites « TRAP » (Targeted Regulation of Abortion Providers), qui imposent des règles inutiles et contraignantes aux seuls médecins pratiquant des avortements, pour les décourager et augmenter considérablement leurs coûts ou ceux des structures d’accueil.
Parmi les lois « TRAP » les plus courantes, celles qui imposent de ne pratiquer d’avortements qu’à l’hôpital rendent l’IVG impossible car hors d’accès dans de nombreux endroits du pays. Ces lois ont déjà fait beaucoup de dégâts. De nombreuses cliniques ont dû fermer. Au Dakota du Sud et au Mississipi, il n’en reste plus qu’une qui puisse assurer, dans de grandes difficultés, des interruptions volontaires de grossesse.

Un recul limité ?
Les Etats-Unis sont donc clairement en recul dans le domaine du droit à l’avortement. Il faut dire que la Présidence de Bush aura contribué à imprimer au pays entier une tendance au retour en arrière. La première mesure de Bush a été de rétablir en janvier 2001 la « loi du bâillon » qui avait été supprimée par son prédécesseur, et qui consiste à interdire toutes subventions des Etats-Unis aux organisations internationales qui s’engagent pour faciliter l’accès des femmes à l’IVG. De leur côté, les démocrates se montrent assez discrets sur le sujet de l’avortement. Lueurs d’espoir : un certain nombre d’Etats se sont trouvés encouragés par l’initiative du législateur du Dakota du Sud, à préparer eux aussi des lois supprimant le droit à l’avortement.
Si le résultat du référendum du Dakota du Sud, en novembre 2006, aboutit à l’invalidation de la loi, l’enthousiasme de ces Etats sera probablement douché. Et, à supposer que la Cour Suprême soit saisie d’un recours contre la loi du Dakota du Sud, ou contre une loi similaire qui serait adoptée par un autre Etat, l’infirmation de Roe contre Wade n’est pas certaine, en dépit de la majorité de conservateurs à la Cour Suprême. Une chose est de restreindre un droit, une autre est de le supprimer.

C.N.

 

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À l’écoute des femmes dans le monde

Rwanda
Record inattendu
Depuis les élections législatives d’octobre 2003, la Chambre des députés du Rwanda compte 39 femmes sur 80 membres.
Il semble qu’il s’agisse là d’un record du monde…inattendu.

Chine
Avortements sélectifs
M. Chen Guangcheng, militant des droits de l’homme en Chine, a été condamné sous un faux prétexte, à quatre ans de prison.
Il est l’un de ceux qui ont dénoncé les avortements abusifs au nom de la politique de l’enfant unique. Ces dernières années, les actions du régime en place pour limiter les naissances utilisent des slogans du type : « Avorter ou ne pas avorter détermine le sort de votre terre et de vos vaches » (chine-informations.com).
Fin juillet, le Parlement chinois a décidé de ne pas qualifier de crime l’avortement sélectif visant les petites filles.

Inde
Foeticide
Le Premier Ministre Manmohan Singh vient d’adjurer les familles indiennes de cesser de pratiquer le « foeticide » féminin.
Au cours des 20 dernières années, les avortements « sélectifs » auraient empêché la naissance de 20 millions de filles.

Ethiopie
Mariages forcés
En région Orono (sud), la plus peuplée d’Ethiopie, 80 % des filles sont mariées après un enlèvement ; 66 % en région Afar (est) et 34 à 40 % dans le Nord.
Depuis 2004, le Code pénal éthiopien interdit le mariage des filles avant 18 ans et punit de 20 ans de prison les mariages après enlèvement.

Afghanistan
Afghanes à Paris
En juin dernier, trente députées afghanes ont été invitées à Paris, à l’initiative de la Chambre de commerce franco-afghane. Elles ont été reçues à l’Hôtel de ville, à l’Elysée et à l’Assemblée nationale.
Il y a actuellement 70 femmes sur les 249 membres du Parlement afghan (plus de 28 %). Soit presque trois fois plus qu’en France !

[…]

(extraits du dossier A l’écoute des femmes dans le monde)