IVG dans la Constitution, Mathilde Panot en première ligne !


Par Hanane Rebiha, Secrétaire nationale de Choisir la cause des femmes

 

Jeudi 28 novembre les député.e.s ont adopté le texte de loi visant à inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution avec 337 voix "pour" et 32 "contre".

« En tant que Secrétaire Nationale bénévole au sein de Choisir la Cause des femmes, en tant que militante, en tant que mère et en tant que femme, je ne peux m’empêcher de penser à Gisèle Halimi et à ses combats pour l’accès libre et gratuit à l’IVG. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle nous regarde de là-haut et qu’elle sourit. J’ose espérer qu’elle est fière des femmes qui continuent sa lutte, car comme le disait Simone de Beauvoir « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que  les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Nous ne pouvons que renvoyer cet évènement et ce projet de loi porté par Mathilde Panot au très retentissant procès de Bobigny et au combat acharné de Gisèle Halimi en faveur de l’IVG. En effet, c’est le 11 octobre 1972 que Marie Claire Chevalier a été relaxée dans un procès où, adolescente, elle était jugée pour avoir avorté après un viol. Ce procès conduira à la légalisation de l’IVG en 1975 avec la loi Veil. Une première victoire pour Gisèle Halimi qui ne s’arrêtera pas là et qui en 1982, alors qu’elle est députée, fera encore avancer la cause des femmes en obtenant le remboursement de l’IVG grâce à la loi Roudy.

Aujourd’hui c’est Mathilde Panot  présidente du groupe LFI à l’Assemblée Nationale, et tout le mouvement féministe qui ont obtenu une première victoire. Si le Sénat valide le texte en l’état avant son retour à l’Assemblée nationale, alors nous pourrons dire que c’est la liberté de pouvoir disposer de son corps qui sera inscrite dans la Constitution et qui offrira à toutes les femmes de ce pays, le choix de donner la vie ou pas !

Quelle belle victoire pour les femmes et quelle fierté pour la France ! En effet, il paraît essentiel d’opérer un parallèle avec ce qui se passe ailleurs dans le monde. Je pense tout d’abord aux Etats Unis où la Cour Suprême a annulé le 24 juin dernier l’arrêt Roe .V Wade qui protégeait constitutionnellement le droit à l’avortement depuis 50 ans. Je pense également à nos sœurs européennes qui souffrent en Pologne, en Hongrie, mais aussi dans d’autres pays où l’IVG est menacée comme en Italie, Slovaquie ou Croatie et que nous avons rencontrées pendant le Tour Européen que nous faisons pour réactualiser la Clause de l’Européenne la plus favorisée.

Bravo aux parlementaires français.e.s qui se sont dressé.e.s à la hauteur du courage des militantes de l’IVG en Europe pour valider la proposition de constitutionnaliser le droit à l’IVG de Mathilde Panot.

Inscrire ce droit dans la Charte des droits fondamentaux pour l’étendre à toute l'UE

Fidèle au projet du meilleur de l’Europe pour les femmes, ce que propose Choisir aujourd’hui, c’est l’inscription dans la Charte des droits fondamentaux d’un droit pour toutes les européennes de Choisir de donner la vie. Cet article existe déjà dans un autre pays. Imitons-le !

Soyons exigeantes avec nos élu.e.s et sonores avec toutes les Européennes et toutes celles qui migrent dans l’UE : inspirons-nous du texte de l’article 55 de la Constitution slovène de 1974 qui demeura intact lors de sa réécriture après la chute du bloc soviétique en 1991 et qui dispose que :

Article 55
(Liberté de choix en matière de procréation)
Toute personne est libre de décider d'avoir des enfants.
L'État garantit les possibilités d'exercice de cette liberté et crée les conditions permettant aux parents de décider d'avoir des enfants.

En embrassant plus largement les questions d’éducation sexuelle, de contraception et d’avortement, cette disposition constitutionnelle appréhende les questions de sexualité et de procréation en les distinguant clairement l’une de l’autre et en revendiquant un vrai droit à une vie sexuelle épanouie et débarrassée des questions de procréation. Chaque femme doit pouvoir disposer de son corps en connaissance de cause et choisir du moment de devenir mère qu’elle le souhaite ou non.

Et si elle le souhaite, qu’elle puisse bénéficier des dispositifs les plus avancés et égalitaires pour être accompagnée dans sa grossesse en étant protégée des violences obstétricales et des  post-partum abandonnés à la solitude culpabilisante. Enfin, l’enfant doit être accueilli en impliquant les deux parents de la même façon et en leur permettant de pouvoir recourir à des politiques égalitaires d’accueil, de soin et d’éducation des enfants.

C’est ce dont les féministes de Slovénie que nous avons rencontrées sont fières : une disposition constitutionnelle qui oblige la société à penser conjointement mais en les distinguant les questions de sexualité et de procréation sans aliéner les femmes et en permettant à toutes de disposer librement de son corps en toute sécurité.

Un premier pas a été franchi par la France, le second reste à accomplir pour le reste de l’Europe et du monde. »