"La familia grande" : courage, pudeur et clairvoyance de Camille Kouchner.

Longtemps tu, l’inceste est subitement médiatisé. Grâce à La familia grande de Camille Kouchner, notamment.

J’étais réticente à le lire, précisément à raison du battage médiatique qui l’entoure, que j’assimilais aux seuls patronymes des auteurs (du livre et du crime) ; j’appréhendais le voyeurisme sur un entre-soi qui fascine et repousse, je craignais un manque de hauteur sur un sujet fondamental et ambitieux.

Quel préjugé et surtout, quelle erreur. La plume de Camille Kouchner, dont c’est le premier livre, est d’une sensibilité et d’un courage exceptionnels ; sa pudeur et sa clairvoyance, tout autant. La parole des femmes y est libre.

J’ai été frappée par l’amour, mais aussi la nuance, avec lesquels elle a su décrire chaque membre de sa familia grande : sa mère brillante, libre et faible, son père exigeant, colérique et héroïque, son jumeau victime, tourmenté et distancié, ses proches éloignés, qui plaignent et reprochent.

Et son beau-père bourreau, adoré et haï.

C’est surtout la concision avec laquelle elle évoque l’inceste qui m’a saisie, une brièveté qui n’enlève rien à la violence des actes, au contraire. Quelques phrases, courtes, sporadiques, surgies de nulle part après une longue description d’un bonheur insouciant dans la maison de Sanary, nous assaillent en même temps qu’elles assomment l’autrice.

Je salue la bravoure de Camille Kouchner, culpabilisée et terrifiée, qui parle, qui dénonce et qui affronte.

Elle dépasse l’exercice du témoignage personnel pour livrer une véritable analyse des obstacles familiaux, psychologiques et juridiques opposés à la détresse des victimes d’inceste.

 

Faye Tadros