“The Best of Europe for Women, Now !” : la journée événement de Choisir à Bruxelles !


Ce 8 mars 2023, nous organisions au Parlement européen, à Bruxelles, un événement intitulé : “The Best of Europe for Women, Now !”. Celui-ci inaugure une série de rencontres institutionnelles destinées à traduire politiquement le projet de la Clause de l’Européenne la plus favorisée.

L’idée de cette clause du “Meilleur de l’Europe pour les femmes” est très simple. Il s’agit de constituer un bouquet législatif à partir des meilleures lois existant dans les États-membres de l’Union, dans tous les domaines de la vie des femmes, pour en faire bénéficier toutes les Européennes.

Avec nos militantes, toutes bénévoles, nous sommes en train d’actualiser l’analyse comparée des droits des femmes dans l’UE en nous appuyant sur les témoignages féministes de notre tour européen. Nous allons ainsi déterminer un nouveau bouquet législatif du Meilleur de l’Europe pour les femmes qui sera publié en juin. Mais il est essentiel que ce travail soit porté à la connaissance des décideurs et décideuses politiques européennes pour leur demander un engagement total pour la mise en oeuvre de cette clause.

Que leur demandons-nous ? D’écouter ce que disent les féministes et les associations qui travaillent auprès des femmes ou qui les représentent. De s’emparer des meilleures lois pour en faire un ensemble législatif sur lequel chaque citoyenne européenne pourra s’appuyer pour avoir accès au meilleur de l’Europe. Cela fera naître un vrai sentiment d’appartenance et de citoyenneté européennes. 

C’est ce que nous souhaitions faire à Bruxelles, ces deux derniers jours, avec six féministes venues de Bulgarie, Croatie, Irlande, Lettonie, République tchèque et Slovénie rencontrées lors du Tour européen.

Voici qui nous avons rencontré et ce qu’ils/elles nous ont dit.

Nous avons d’abord été auditionnées par le groupe des Socialistes et Démocrates. La Présidente du Groupe S&D, Iratxe García Pérez, a salué notre travail et nous a assurées du soutien total de son groupe. Elle a aussi rappelé qu’en Espagne, où nous puisons beaucoup de lois très avancées, la volonté politique a fait changer les choses. Les témoignages des parlementaires du groupe comme l’allemande Maria Noichl, grâce à qui cette journée a aussi pu se réaliser, et d’un parlementaire polonais qui évoquait les dernières menaces d’une interdiction totale de l’IVG dans son pays ont été des retours qui montrent comme notre initiative est prise au sérieux.

Nous avons ensuite donné un conférence de presse avec Karima Delli, Présidente de la Commission TRAN Les Verts-ALE et Raphaël Glucksmann, Député S&D qui s’engagent complètement à nos côtés et entendent nous ouvrir autant que nous le souhaitons, les portes du Parlement.

Après un échange informel dans son bureau avec Karima Delli, très pédagogue et passionnante pour parler de politique européenne,  nous avons ensuite rencontré la députée du groupe The Left, Leila Chaibi pour qui nous avons retracé l’historique de notre travail qui avait déjà été présenté à la Commission femmes du Parlement en 2008.

Nous avons ensuite animé un facebook live, depuis le studio vox box du Parlement européen. Une grande première pour Choisir, rendue possible par Karima Delli et le groupe Greens-ALE. Cela nous a permis de donner la parole une première fois à toutes nos invitées. L’émission en anglais est à voir sur notre page Facebook avec le lien suivant : https://www.facebook.com/ChoisirCauseFemmes/videos/903610040692362.

Nous avions ensuite une réunion de travail avec une conseillère politique du cabinet de la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, du Parti populaire européen. Les arguments -qui nous sont assez classiquement opposés- sur les difficultés juridiques de la réalisation d’un tel bouquet législatif pour les femmes ont été à nouveau évoqués : comment réussir à dépasser le cadre normatif européen qui apparaît bien restrictif si l’on décide de se tenir à ses "compétences" au sens strict ? Comment convaincre la Commission européenne et le Conseil, présentés comme les seuls décideurs des orientations politiques européennes du bien fondé et de l'urgence de la Clause de l'Européenne la plus favorisée ?

La question était au coeur du débat du soir entre les militantes européennes et le commissaire européen à l’emploi et aux droits sociaux, Nicolas Schmit.

Deux temps ont rythmé ce débat : une première table ronde sur “Les luttes féministes en Europe : Urgences et victoires : témoignages des citoyennes engagées” avec Iveta Kelle, du Planning familial letton, Paperdes Zieds. La slovène Tonja Jerele, Women’s lobby ; la croate Nada Peratović, des Brave Sisters - et Marta Lempart, de la Women’s strike de Pologne, en visisoconférence a permis de mesurer l’étendue des problématiques en Europe : accès difficile à une éducation sexuelle, à la contraception et à l’avortement ;
                   
Et une seconde table ronde : “Comment mettre en oeuvre politiquement le Meilleur de l’Europe pour les femmes ?” avec Karima Delli, Maria Noichl, la tchèque Petra Presserová, de proFem - centre pour les victimes de violences sexuelles, la sénatrice Lynn Ruane et la bulgare Katerina Klinkova, de Mobilisations féministes (un collectif citoyen).

Leurs interventions respectives seront évoquées dans un prochain article. Mais si nous devions en retenir l’essentiel, nous pourrions dire que ce qui nous unit est très certainement la façon dont le patriarcat en Europe opère pour faire des droits des femmes une variable d’ajustement des politiques publiques : pauvreté, violences de genre, impossibilité de choisir de donner ou non la vie, stérilisation forcée sont quelques unes des injustices que vivent les femmes quel que soit leur pays.

Enfin, à l’issue du débat, la réponse du Commissaire européen Schmit à l'argument selon lequel l'Europe ne serait pas juridiquement compétente pour harmoniser par le haut les droits des femmes dans l'UE ont pu susciter l’espoir. Pour lui, en effet, “la question des compétences est secondaire : quand l’Europe veut être compétente, elle peut l’être”. La question est donc seulement celle de la volonté politique. A nous de faire peser sur les élu.e.s, à tous les niveaux régionaux, nationaux et européens, le poids de nos revendications. D'où la nécessité de créer un réseau, comme celui que nous sommes en train de constituer avec des citoyennes mobilisées, la société civile organisée des associations, des responsables politiques et des institutions indépendantes. Agir maintenant est un impératif.

Cette journée marathon a été passionnante et riche. Elle a permis non seulement de côtoyer pendant 36 heures ces femmes féministes auxquelles nous sommes unies par nos combats contre le patriarcat qui, partout en Europe, instaure l’austérité et laisse souvent faire la violence systémique de genre. Mais au-delà de ce constat, les lueurs d’espoir que font naître les victoires, interpellent les pouvoirs publics qui ne peuvent plus continuer à faire la sourde oreille quand tant de femmes meurent en Europe, sont plongées dans une pauvreté de plus en plus profonde simplement parce qu’elles sont des femmes.

 

Choisir la cause des femmes va continuer à avancer avec sa proposition politique d'un bouquet législatif qui est un vrai plan global constitué de toutes les lois intelligemment mises en oeuvre en Europe pour prendre soin des femmes.

 

Ce faisant, elles construiront une autre Europe. Celle d'aujourd'hui ne les protège pas suffisamment et reste très inégalitaire. L'exigence du meilleur de l'Europe pour les femmes est aussi une question démocratique.

Dans les mois à venir, nous retournerons au Parlement européen pour de nouvelles rencontres et émissions avec d’autres représentantes d’associations d'autres pays de l'UE, des parlementaires européens de tous les groupes que nous souhaitons interpeller et des commissaires européens dont l’action relève de notre champ. Nous devons également être auditionnées par la Commission des droits des femmes. 

Nous réunirons, enfin, après la publication de l’ouvrage actualisé, les féministes des 27 pays de l’UE, les élues et commissaires pour deux jours de colloque à Nantes en novembre 2023.